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2012

Yashka, journal d'une femme combattante

Yashka, journal d'une femme combattante

Russie (1914-1917)

Stéphane Audoin-Rouzeau et Nicolas Werth
Editions Armand Colin, 2012,  306 p.
Présentation de l'éditeur : Journal incroyable d'une simple paysanne russe, engagée dans l'armée, pendant la guerre de Russie puis les débuts de la guerre civile.  Elle obtient du tsar de créer un bataillon de femmes, pour sauver sa patrie. Mais au moment où les soldats commence à fraterniser avec l’ennemi, gagnés aux idées menchéviques puis bolchéviques, elle s’insurge la débacle et veux continuer le combat, en résistant seule contre tous. Elle échoue malgré de nombreuses tentatives pour galvaniser les troupes, son bataillon se fait massacrer. Elle n’aura qu’une solution : partir en Amérique convaincue que seule l’ami américain peut envoyer des renforts en tant qu’allié. C'est là qu'elle recontre un exilé russe Isaac Levine qui couche sur le papier son récit .Publié en 1924, il était tombé dans l'oubli. Ce récit exceptionnel de cette Jeanne d'Arc russe dans un monde en train de se déliter pourraît apparaître comme un véritable roman si Stéphane Audoin Rouzeau et Nicolas Werth n'en soulignaient pas la véracité et la portée historique.   Interview de Stéphane Audoin – Rouzeau et Nicolas Werth Interview réalisée par l’éditeur. Pourquoi vous êtes vous intéressés à cette femme guerrière hors du commun, Yashka ? Stéphane Audoin-Rouzeau : « Je l’ai “rencontrée” il y plus de dix ans, en feuilletant un catalogue d’une librairie de livres anciens spécialisée sur les femmes et le féminisme. Le titre m’a attiré. Je me suis rendu compte que son histoire était inconnue et qu’elle était oubliée. De mon côté, je me suis intéressé à ce récit, qui m’a accompagné depuis des années. Je suis donc très heureux qu’il soit enfin re-publié. » Vous dites que quelques centaines de femmes se sont volontairement engagées dans les rangs de l’armée russe, par dévouement pour leur mère patrie. Pensez-vous que cela aurait été possible dans un autre pays que la Russie ?  Nicolas Werth : « Cette situation est typiquement russe. Il y avait en Russie une tradition d’engagement féminin, très minoritaire certes, mais significative, et ayant donné naissance à des œuvres marquantes comme Cavalière du Tsar de Nadejda Dourova. Et puis, la Russie du XIXe siècle avait été épargnée par la vague de pruderie féminine victorienne qui avait tant imprégné l’Europe occidentale. Bref, en Russie, la barrière du genre, si étanche normalement en temps de guerre, était plus poreuse qu’ailleurs. » Forte et courageuse, Yashka a combattu les Allemands malgré de nombreuses blessures. Elle a également secouru des centaines de camarades, blessés par les tirs ennemis. En menant d’une main de maître le Bataillon féminin de la mort, elle a fait preuve d’un dévouement total pour son pays et pour son tsar, ce qui lui coûtera la vie. Quelle femme aujourd’hui sacrifierait sa vie pour sa nation ? Est-ce un phénomène unique en son genre dans l’histoire contemporaine ? Nicolas Werth : « Les engagements féminins, poursuivis jusqu’à l’héroïsme et à la mort, sont tout de même assez nombreux au XXe siècle. Par exemple, ils se produisent de nouveau en Russie, cette fois lors de la Grande Guerre patriotique de 1941-1945. Les guerres civiles ont aussi été l’occasion d’engagements militaires intenses: guerre d’Espagne, combats de la Résistance en Europe en particulier. » Est-ce que vous pensez que le parcours de Yashka peut aujourd’hui apporter des éléments dans le cadre de la réflexion sur la légitimité et la moralité de la présence de femmes dans certains corps « actifs » de l’armée comme l’infanterie ? Stéphane Audoin-Rouzeau : « L’armée américaine s’est intéressée récemment à l’expérience de Yashka et un rapport a été rédigé à ce sujet,  qui conclue à l’absence de tout obstacle de fond à l’accès des femmes aux rôles combattants. Depuis 20 ans, les armées occidentales sont en effet engagées dans un processus de recrutement féminin, et si les femmes restent très minoritaires au sein des institutions militaires, il est clair qu’elles se rapprochent peu à peu des fonctions combattantes. L’obstacle, je crois, est d’ordre anthropologique avant tout. En creux, Yashka le montre bien, elle qui renonce au fond à toute féminité pour assumer sa fonction combattante. »

ISBN : ISBN : 978-2-262-02765-0
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