Soutenances de thèses

23 juin 2021
 
Luis Miguel Camargo Gomez
 
La production sociale d'un service public en des temps difficiles.
Secourir, dispenser des soins médicaux d'urgence et pratiquer des expertises médico-légales
 
(Bogota, Medellin et Cali, 1980-début des années 2000)


Jury
  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau (directeur de thèse), EHESS
  • M. Gonzalo Sanchez (co-directeur), Universidad Nacional de Colombia
  • Mme Sophie Delaporte, Université de Picardie Jules Verne
  • M. Nicolas Dodier, EHESS
  • Mme Camille Goirand, Université Sorbonne Nouvelle
  • M. Richard Rechtman, EHESS
  • Mme Sandrine Revet, Institut d'études politiques de Paris
  • Mme Valérie Robin-Azevedo, Université de Paris


Résumé

Cette thèse porte sur le travail de prise en charge immédiate des effets corporels des violences armées en Colombie, à savoir : secourir, dispenser des soins médicaux d’urgence et pratiquer des expertises médico-légales. Ce travail de « première ligne » s’est effectué en des temps difficiles – entre 1980 et le début des années 2000 au sein des villes colombiennes –, caractérisés à la fois par le paroxysme des violences armées et par une intense activité réformatrice et de légitimation institutionnelle à tous les échelons. Nous avons ainsi mis en récit une histoire méconnue, occultée par un regard longtemps centré sur l’horizon critique de l’effondrement, et avons tenté de répondre à deux problématiques générales. La première explore les coulisses de ce travail public : si les effets corporels massifs de ces violences ont pu tant bien que mal être pris en charge, quelles ont été les caractéristiques de ce travail ? À l’aide de quels appuis a-t-il été effectué ? De quelle manière s’est-il coordonné avec d’autres activités sociales ? Nous avons montré que, lors des interventions et tout au long de la période, les médecins et les secouristes ont été amenés à composer de manière particulière avec leurs ressources et leurs modes d’organisation et de coordination. Ils ont dû mobiliser de manière particulière les dimensions normative, morale et émotionnelle de leur travail. D’ailleurs, les effets corporels des violences armées ont été redéfinis ici via leur insertion dans la réponse qui leur a été apportée. La seconde problématique, plus transversale, a porté sur les répercussions inattendues des violences armées sur ces services publics. Dans un contexte où les contraintes liées à une situation sociale et institutionnelle critique semblaient déterminer l’expérience des acteurs des institutions dans les villes, comment se peut-il que ce travail spécifique ait conduit à une forme particulière d’engagement et à un renouvellement des modes d’organisation, des répertoires normatifs et des dispositifs spécialisés ? Nous avons conclu que ce même travail, ancré dans des situations spécifiques, a contribué à la production sociale des institutions qui l’encadraient, par le biais des efforts de maintien des services et des significations accordées à certaines initiatives de transformation. Ainsi, nous avons mis en lumière la construction d’horizons communs malgré des circonstances très contraignantes pour ce travail de prise en charge immédiate.

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 lundi 21 juin 2021

Ozan SOYBAKIS
 
Les enjeux politiques de masculinités en Turquie.
Une étude sur la masculinité politique conservatrice
 
Jury
  • Mme Nilüfer Göle (directrice de thèse), EHESS
  • M. Gilles Bataillon, EHESS
  • M. Benoît Fliche, CNRS
  • M. Eric Macé, Université de Bordeaux
  • Mme Ipek Merçil, Université de Galatasaray
 
 
Résumé
Étude généalogique d’une politisation islamo-conservatrice et populiste en Turquie, cette recherche s’intéresse aux façons dont l’archive d’émotions des hommes conservateurs contribuent à la construction d’une masculinité politique dépendant de nombreux régimes esthétiques et de modes d’identification. En mobilisant des discours quasi-identiques sur l’héroïsation de Recep Tayyip Erdoğan avec des idées ultra-nationalistes et islamistes, les hommes conservateurs semblent déterminer les nouvelles frontières genrées de « l’éthos turc ». La politisation de la masculinité sur l’exemple turc est strictement attachée à l’argument conservateur révélant de nombreuses confrontations historiques non seulement avec la création d’une nation moderne et séculière, débutant à la fin de l’Empire ottoman et se concrétisant avec la fondation de la république en 1923, mais également avec la trajectoire même de ce parcours national en défaveur des milieux islamo-conservateurs, se prolongeant jusqu’à aujourd’hui. Cet argument consiste ainsi en une prise de distance avec le kémalisme, l’occidentalisation et l’Occident en qualifiant ces derniers « d’objets de haine ». Fruit des conflits historiques profonds et foyer des traumatismes politiques, « le corps populiste » se veut une occupation mémorielle et performative dans l’espace public sécularisé. Avec pour objectif de constituer une nouvelle identité nationale guidée par le principe du « national et religieux » (milli ve manevî), le président actuel prouve que le lien entre la politique et le genre dépasse les relations partisanes en incarnant « l’image de la nation ». Adossée à son identité, d’inspiration ottomane, familialiste, paternaliste et anti-genre, le régime personnalisé valorise la virilité comme arme défensive et ingrédient majeur de « l’éthos turc ». Au travers des manques de tolérance et de dialogue social envers d’autres catégories socio-culturelles critiques du régime, les hommes conservateurs contrastent leurs idéaux nationaux à l’aide des idéaux masculins inspirés d’un traditionalisme islamo-patriarcal. Pourtant, ce traditionalisme épouse manifestement le séculier dans un contexte néo-libéral dans lequel la société de consommation libère l’identité musulmane des isolements communautaires. En vue de stabiliser et de protéger la visibilité islamique et son historique gagnant depuis 2002, la masculinité politique conservatrice se missionne pour policer l’espace public cosmopolite en politisant la virilité à l’égard d’une multitude d’acteurs désignés dans les reflets du kémalisme. Aussi, cette thèse témoigne de l’écriture de l’histoire officielle de la nouvelle Turquie par le régime des masculinités et de la construction d’un nouveau rapport à la nation dans ce temps de populismes.

 
 
 
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12 janvier 2021 (visioconférence)

Nebiha Guiga

"Le champs couvert de morts sur qui tombait la nuit. Être blessé au combat et soigné dans l'Europe napoléonienne (1805-1813)"

 

Jury

  • M. Patrice Gueniffey (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Sven Externbrink (Directeur de thèse), Universität Heidelberg
  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau, EHESS
  • Mme Erica Charters, Oxford University
  • Mme Isabelle Deflers, Bundeswehr Universität München
  • M. Hervé Drévillon, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
  • M. Marian Füssel, Universität Göttingen
  • Mme Anne Rasmussen, EHESS

 

Résumé 
Cette thèse suit le parcours des soldats blessés pendant les campagnes de 1805, 1809 et 1813 des armées européennes (principalement napoléonienne et autrichienne) de la blessure au combat à la guérison ou à la mort. Deux enjeux principaux ont pu être identifiés.   Dans une perspective d'étude de l'expérience combattante, nous prenons comme angle d'attaque la question de la blessure afin d'étudier l'expérience du combat sur un temps plus long que celui de la bataille. Nous abordons cette question selon trois thèmes. Tout d'abord celui du corps au combat, l'expérience de la blessure permettant d'avoir un accès à cette thématique autrement peu présente dans les sources. Ensuite, nous nous posons la question des circulations européennes des soldats de cette époque, les trajectoires des blessés permettant de dépasser le cadre national. Enfin, nous étudions l'écriture de soi des combattants, à un moment de tension entre mémoires à la portée historique et collective et autobiographies plus personnelles.  En suivant la trajectoires de ces hommes nous nous posons aussi la questions de l’organisation des soins. Nous examinons manière dont ils sont soignés, dans et en dehors des institutions médicales, par des chirurgiens, mais aussi par les civils des régions traversées.   La thèse prend ainsi en compte la blessure à l’interface entre expérience individuelle et  phénomène social collectif, institutionnalisé de la prise en charge de la blessure au combat. Elle comporte cinq parties  La première partie s’intéresse à l’organisation des services de santé et notamment au cadre réglementaire en France et en Autriche, ainsi qu’à la préparation à la bataille. La deuxième partie suit les soldats blessés du moment de la blessure jusqu’au traitement à l’ambulance. Dans la troisième partie, nous étudions la manière dont les soldats sont pris en charge à l’hôpital et lors des évacuations. Dans la quatrième partie, sont étudiés les modes de prise en charge non-institutionnels, chez les civils par exemple. Enfin, la cinquième partie examine les conséquences sur le plus long termes et les modes de mise en récit de la blessure. Cette thèse démontre ainsi la coexistence constante de mode de soins institutionnels et non-institutionnels, avec une prise en charge qui n’est pas uniquement étatique.   Les sources utilisées sont des « Ego-documents » - mémoires, recueils de témoignages et journaux de routes- mais aussi de des documents administratifs, règlements, instructions, rapports ou registres d’hôpitaux notamment. Ces sources font l’objet d’analyse qualitative et quantitative au moyen de bases de données.

 

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18 décembre 2020 (visioconférence)

 

Amir Pasha Tavakkoli

 

"Le débat britannique sur la Révolution française : de Burke à Bentham"

 

Jury 
  • M. Patrice Gueniffey (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Jordi Canal, EHESS
  • Mme Laurence Chamlou, Université de Reims
  • M. Olivier Dard, Université Paris Sorbonne
  • M. Christophe Prochasson, EHESS
  • M. Emmanuel de Waresquiel, EPHE
 
Résumé
Même si le débat britannique sur la Révolution française a eu une courte vie (1789-1795), il a profondément influencé les grands esprits en Europe tout au long du XIXe siècle. Pourquoi la Révolution a-t-telle eu lieu en France ? La Révolution, est-elle venue dans la continuité de l’indépendance américaine et de la révolution glorieuse britannique ou représente-t-elle une rupture dans le cours de l’histoire à l’époque moderne ? Autrement dit, peut-on mieux comprendre les répercussions de la Révolution à l’échelle européenne sous le prisme du discours politique britannique ? Nous essaierons de répondre à ces questions en reconstruisant l’échange philosophique entre les défenseurs et les détracteurs de la Révolution. Si Edmund Burke s’est opposé radicalement à la Révolution dès 1789 en mettant l’accent sur les dérives violentes de l’expérience révolutionnaire française, certains autres philosophes des Lumières comme Paine, Wollstonecraft ou Godwin ont mis l’accent sur l’aspect novateur et progressiste des revendications de la Révolution française comparée aux révolutions du monde anglo-saxon. Dans cette thèse, nous tenterons de mettre en dialogue les arguments principaux de la querelle philosophico-politique autour de la Révolution française, dans l’objectif de mieux comprendre l’esprit du débat britannique sur la Révolution.

 

 

15 décembre 2020 (visioconférence)

 

Olivier Prud'homme

 

"Grâce à Dieu, nous sommes vivants !

Précarités, violences armées et jeux de pouvoir dans la société salvadorienne (1960-1995)"

 

Jury
  • M. Gilles Bataillon (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau, EHESS
  • Mme Raphaëlle Branche, Université Paris Nanterre
  • M. Jeffrey Gould, University Bloomington (Etats-Unis)
  • Mme Véronique Hébrard, Université de Lille
  • Mme Daniela Slipak, Universidad Nacional San Martin, Buenos Aires (Argentine)
 
 
Résumé
L´historiographie portant sur la période récente du Salvador a placé le conflit armé (1980-1992) au centre de sa réflexion, celui-ci étant considéré comme la conséquence ultime d´une fermeture politique imposée par le régime militaire et le point de départ des violences sociales dominant la société jusqu´à aujourd´hui. Les élites et les acteurs organisés y occupent le premier plan. Les logiques partisanes et macro-économiques y ont été privilégiées, structurant un récit qui échappe difficilement à la tentation téléologique. Ce travail s´inscrit dans une histoire sociale qui cherche à interroger la centralité du conflit interne salvadorien et la perspective téléologique qui en découle. Pour se faire, il confronte la période du conflit interne avec les périodes antérieures et postérieures, en se focalisant sur 35 années de paix et de guerre s´étendant de 1960 à 1995. Depuis une perspective au ras du sol, il met au premier plan les paroles et les représentations des acteurs constituant la majorité salvadorienne, autant ceux qui n´ont jamais participé à une action partisane que ceux qui ont pu en avoir une. Afin d´enrichir et d´affiner les explications à l´échelle nationale et la périodisation politique, une décentration des explications a été réalisée, en s´appuyant sur les échelles : individuelle, locale et régionale. Nous avons cherché à identifier les changements des formes des précarités, des violences et des jeux de pouvoir, de même que le moment précis de leurs inflexions. Une attention a été particulièrement portée à l´articulation de ces phénomènes avec l´usage des armes dans la société et avec l´évolution du rapport à la lutte armée durant toute la période. Des sources écrites très diverses ont été analysées au Salvador : archives et publications de centres des droits de l´Homme et particulièrement les rapports mensuels du Bureau d’assistance légale de l’archevêché de San Salvador, presse régionale et locale, presse cléricale, publications partisanes, documents épars de différents centres de documentation et de bibliothèques à l´accès parfois difficiles. En dehors du Salvador, nous avons eu recours aux archives du Centre des Archives diplomatiques de Nantes (CADN). Des dizaines d´entretiens ont été réalisés auprès d´individus aux trajectoires très diverses afin de saisir et d´articuler leurs expériences, leurs représentations et leurs rapports à la précarité et à la violence.
 
 
 
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11 décembre 2020 (visioconférence)

 
Hélène Malmanche
 

« L'engendrement avec tiers donneur. Genre, bioéthique et pratiques transfrontières (France, Belgique) »

 
Jury
  • Laurence Hérault, anthropologue, Aix-Marseille Université, rapporteure
  • Virginie Rozée, sociologue, Institut national d’études démographiques, rapporteure
  • Jérôme Courduriès, anthropologue, Université Toulouse Jean Jaurès
  • Liora Israël, sociologue, École des Hautes Études en Sciences Sociales
  • Séverine Mathieu, sociologue, École Pratique des Hautes Études
  • Rayna Rapp, anthropologue, New-York University
  • Irène Théry, sociologue, École des Hautes Études en Sciences Sociales, directrice de thèse
 
Résumé
Le recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP) avec tiers donneur est régi en France par les lois dites « de bioéthique » depuis 1994, qui balisent l’organisation des dons de gamètes et d’embryons en les réservant aux seuls couples hétérosexuels en âge de procréer. En raison des restrictions d’accès que pose ce cadre, et des difficultés à trouver un nombre suffisant de donneurs et donneuses pour répondre aux besoins croissants, de nombreuses personnes se tournent vers l’étranger pour bénéficier d’un don de sperme, d’ovocytes, d’embryon ou de gestation. Pour les Françaises et les Français, la Belgique représente le premier pays de destination pour le recours à une AMP transfrontières. Appréhendés dans leur globalité, les dons de gamètes et d’embryon mais aussi les dons de gestation (la gestation pour autrui) sont autant des pratiques médicales que des pratiques de parenté en tant qu’ils créent une nouvelle forme familiale : la famille issue de don. Cette thèse vise à décrire la pratique de l’engendrement avec tiers donneur, à la fois du point de vue des parents d’intention qui sont engagés dans des parcours d’AMP avec tiers donneur, et du point de vue des praticiens qui accompagnent la construction de cette parenté par le don. Pour cela une double enquête a été réalisée. Premièrement une enquête par entretiens a été menée auprès de parents d’intention ayant eu recours à une AMP avec tiers donneur, qui s’articule en trois volets ; ils permettent chacun d’éclairer respectivement le don d’ovocytes, le don de sperme à des couples de femmes, le don de gestation à des couples d’hommes, des hommes seuls ou des couples de sexe opposé. Deuxièmement une enquête ethnographique de deux ans dans un centre de procréation médicalement assistée en Belgique accueillant des ressortissants français a permis de rendre compte d’une pratique médicale d’engendrement avec tiers donneur. Dans un contexte où l’engendrement avec tiers donneur est dans une situation d’ « institution incomplète » en France comme en Belgique chacune à des titres différents, cette recherche permet d’éclairer le changement social en train de se faire à travers la question de l’institution de normes émergentes de cette nouvelle manière de faire une famille. Les résultats de l’enquête mettent en exergue le caractère processuel de l’acquisition des places de chaque protagoniste – parents d’intention, donneurs, enfant issu du don – pendant le temps de l’engendrement, qui s’étend depuis l’élaboration du projet parental jusqu’à l’après naissance ; ils rendent comptent de la façon dont des professionnels du soin accompagnent cet engendrement avec tiers donneur à travers un travail relationnel qui prend en compte l’ensemble des dimensions de l’engendrement, de sa composante biologique à la parenté, en passant par la filiation. Enfin ces pratiques médicales et de parenté doivent être replacées dans le contexte global des transformations de l’institution de la famille, ouvrant ainsi à un éclairage, par les sciences sociales, des débats bioéthiques les plus contemporains.

 
 
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4 décembre 2020 (visioconférence)


Sunniva Labarthe
 

La légende dispersée de l'affaire Chevron en Equateur :

le pari manqué de la transnationalisation des droits de l'homme et de l'environnement (1993-2020)


Jury

  • M. Gilles Bataillon (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Gerardo Damonte, Universidad Catolica del Peru
  • Mme Manuela Picq, Amherst University
  • Mme Carmen Salazar-Soler, EHESS
  • M. Dominique Vidal, Université Sorbonne Nouvelle


Résumé
Pollué à l’époque des opérations de la compagnie pétrolière américaine Texaco aux confins de l’Amazonie équatorienne, condamné au bénéfice de Chevron par des tribunaux d’arbitrage international, l’Équateur semble à ce jour être sorti grand perdant de ce recours historique et transnational au droit, alimenté par toute une variété d’acteurs privés depuis 1993 et baptisé généralement « l’affaire Chevron ». Un recours au droit unique en son genre de par sa durée, par l’ampleur de ses enjeux économiques, financiers et politiques mais aussi sa complexité procédurière du fait de son caractère transnational, la densité de sa documentation écrite, ses rebondissements infinis et le nombre de ses protagonistes. Derrière le constat de cette revictimisation emblématique de ce petit pays d’Amérique Latine par la voie du droit international des cours d'arbitrage commercial, s’impose la nécessité d’une approche socio-historique de ce processus judiciaire qui associe l’étude de la défense internationale des droits de l’humain et de la nature, à l’évolution de la vie politique équatorienne et au développement du marché international des services juridiques. En édifiant un précédent négatif pour l’ensemble des parties, la greffe du litige judiciaire nord-américain dans le contexte des mouvements sociaux en Équateur, puis son transport devant plusieurs instances juridiques à l’étranger, interrogent au concret les conditions de possibilité et les perspectives de la judiciairisation des grandes catastrophes socio-environnementales indissociables du modèle de développement extractiviste en Amérique Latine. Concentrée sur l’affaire Chevron dans son contexte équatorien d’où part l’enquête générale de cette thèse en sciences sociales qui a débuté en 2013, cette analyse a pour objet central le rapport des acteurs transnationaux, des avocats en l’occurrence, aux organisations sociales et à l’État équatorien, à travers leur représentation des intérêts des victimes de la contamination pétrolière. Une analyse qui tend à démontrer que si l'affaire a accompagné les dynamiques des mouvements sociaux indigène et écologiste qui s'en sont emparés de diverses manières, c'est au niveau des logiques des principaux  8 « avocats activistes » nord-américains, dont des entrepreneurs pionniers à la fois de l'industrie du poker et de la finance des litiges, que se comprend l'évolution de ce processus judiciaire transnational. Imaginé à partir de principes et d'outils juridiques tirés du droit des États-Unis ce recours à la justice a été conçu, alimenté et défendu par ses inventeurs comme une forme d'activisme à but lucratif : un business model pour la défense des droits de l'homme et de l'environnement. Contourner le problème de la coresponsabilité de l’État équatorien au niveau procédural, puis obtenir la faveur du gouvernement sur le plan politique, voire son intervention sur le procès en vue d’une récompense économique extraordinaire : telle a été leur stratégie relevant d'une conception à la fois mercantile, financiarisée et spéculative du droit. De la ruée vers l’or noir de Texaco en Amazonie au cours des années 1960, à l’extra-activisme des spéculations internationales des années 2000-2010 sur le filon de la sentence multi-milliardaire des tribunaux équatoriens contre Chevron, l’exploitation industrielle de la nature et des peuples indigènes en Amérique Latine évolue avec son temps. Le « néolibéralisme progressiste » des défenseurs légaux autoproclamés des victimes équatoriennes a su mobiliser un temps les ressources du « populisme de gauche » de la Révolution Citoyenne de Rafael Correa Delgado (2007-2017). Et du point de vue de ces recherches, c'est ce pari commun qui a échoué contre l'une des têtes de pont de l'industrie du pétrole, sur le terrain du droit et des affaires.

 

 
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4 décembre 2020 (visiocinférence)
 
 
Rémi Korman
 
"Commémorer sur les ruines. L'Etat rwandais face à la mort de masse dans l'après-coup du génocide (1994-2003)"

Jury

  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Elisabeth Anstett, CNRS
  • M. Jean-Pierre Chrétien, CNRS
  • Mme Hélène Dumas, CNRS
  • M. Henry Rousso, CNRS
  • M. Jean-Philippe Schreiber, Université Libre de Bruxelles

 

Résumé
Cette thèse porte sur la politique de mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda pendant la période de transition (1994-2003). Son objectif est de comprendre comment les nouvelles autorités rwandaises ont mis en récit le génocide des Tutsi à l’échelle nationale en lien avec des acteurs politiques, institutionnels, religieux mais aussi associatifs. De multiples volontés de mémoire ont émergé dans un contexte de guerre civile non terminée et d’absence de processus judiciaire. La recherche mobilise principalement des archives rwandaises publiques (ministérielles, parlementaires, politiques), des archives privées, de la presse rwandaise et internationale ainsi que des entretiens menés avec vingt-cinq acteurs de mémoire (hommes politiques, fonctionnaires, universitaires, intellectuels, responsables d’associations de rescapés). Archives et entretiens ont permis d’interroger les conditions politiques et matérielles dans lesquelles fut instituée cette « première mémoire du génocide » par l’État rwandais avec une attention spécifique aux processus d’enquête et d’écriture de l’histoire au Rwanda ainsi qu’aux débats sur la patrimonialisation des sites de massacres.  L’histoire de la politique de mémoire est enfin mise en perspective sur le temps long au travers d’une étude des politiques du passé menées au Rwanda depuis l’indépendance en 1962 ainsi que sur le temps court, avec l’examen des enjeux commémoratifs depuis 2003.
 
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27 novembre 2020 à l'Université de Sao Paulo (visioconférence)
 
Felipe Freller
 
"Benjamin Constant et le problème de l'arbitraire : un décisionnisme modéré"
 
 
Jury
  • M. Frédéric Brahami (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Eunice Ostrensky (Directrice de thèse), Universidade de Sao Paulo
  • M. Newton Bignotto, Universidade Federal de Minas Gerais
  • M. Christian Edward Lynch, Universidade do Estado do Rio de Janeiro
  • M. Pierre Manent, EHESS
 
Résumé
Cette thèse a pour objet le « problème de l’arbitraire » chez Benjamin Constant. Bien que l’auteur critique impitoyablement les gouvernements arbitraires, nous cherchons à aborder l’arbitraire comme un véritable problème politique auquel il a dû faire face, et non pas comme un simple mal qu’il rejette selon une morale normative. Nous soutenons que Constant n’écarte pas définitivement la décision arbitraire du domaine de la politique légitime, mais qu’il cherche plutôt à incorporer l’arbitraire au système politique d’une manière contrôlée, afin d’éviter sa dérive tyrannique – une attitude pour laquelle nous proposons la désignation de « décisionnisme modéré ». Nous attribuons la primauté méthodologique à l’interaction dynamique de l’auteur avec la réalité politique de son temps, considérant cette interaction comme productrice des problèmes qu’il cherche à élaborer au niveau théorique. Ainsi, au Chapitre 1, nous tâchons de comprendre comment le problème de l’arbitraire émerge dans la pensée de Constant sous le Premier Directoire (1795-1797), dans un dialogue critique avec des auteurs que nous proposons d’interpréter selon la catégorie du « libéralisme de l’ordre » – notamment Pierre-Louis Roederer et Adrien de Lezay-Marnésia. Bien que la première réponse de Constant au problème de l’arbitraire soit son rejet inconditionnel, nous avançons, au Chapitre 2, que ce rejet subit une réévaluation après le coup d’État du 18 fructidor an V, aboutissant à la formulation de l’idée du pouvoir neutre comme une « autorité discrétionnaire ». Au Chapitre 3, nous examinons la nouvelle configuration du problème de l’arbitraire qu’engendre le « tournant libéral » des Principes de politique de 1806, en cherchant à montrer qu’en même temps que l’arbitraire y est condamné sur de nouvelles bases, la décision arbitraire y est désormais disséminée à l’intérieur de l’édifice constitutionnel, sous la forme de domaines divers dans lesquels la loi peut être contournée voire transgressée, afin d’éviter la tyrannie de la loi excessive. Au Chapitre 4, nous abordons la place de l’arbitraire dans la monarchie constitutionnelle théorisée par Constant à partir de 1814, en analysant les nouvelles nuances de la version monarchique du pouvoir neutre et l’interprétation de la responsabilité des ministres comme un jugement inéluctablement arbitraire. La conclusion vise à discerner dans l’œuvre de Constant un paradigme de la décision alternatif à ceux déjà établis dans la théorie politique.

 
 
 
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20 novembre 2020 à l'EHESS (visioconférence)
 
Caroline Vasseur

Le Nom des femmes, règles et usages. Trois générations de femmes face au nom marital et à la transmission du nom de famille
 
Jury
 
Mme Irène Théry (Directrice de thèse), EHESS
Mme Agnès Fine, EHESS
Mme Laurence Hérault, Aix-Marseille Université
Mme Nicole Lapierre, CNRS
Mme Agnès Martial, CNRS
M. Wilfried Rault, INED
Mme Sylvie Steinberg, EHESS
 
 
Résumé
Le nom des femmes en France se distingue de celui des hommes en ce qu’il varie traditionnellement à titre d’usage quand elles se marient et en ce qu’il a longtemps été non transmissible aux enfants dans le cadre honorable du mariage, restant aujourd’hui assez peu transmis. Que représentent ces spécificités et comment ces représentations ont-elles évolué au cours des deux derniers siècles ? Telles sont les questions à l’origine de cette thèse. Le sens donné au nom marital et à la transmission du nom de la mère y est étudié tant du point de vue des règles et usages qui les ont encadrées que du point de vue des femmes elles-mêmes.  La thèse met ainsi en évidence le déplacement du nom marital. Renvoyant, au-delà de la puissance maritale, à l’honneur de la famille de l’époux au début du 19ième siècle, il est progressivement devenu l’emblème de la famille conjugale. L’étude montre aussi comment la transmission du nom de la mère, marque stigmatisante d’une naissance illégitime, a pu, parallèlement à la montée des interrogations sur la paternité, être ensuite présentée comme une menace pour l’équilibre psychique des enfants. A cette conception dépassée a succédé un questionnement sur les modalités d’expression de l’égalité au sein du couple parental. Une enquête réalisée auprès de femmes appartenant à trois générations successives éclaire le rapport des femmes au nom. Elle s’attache à comprendre leurs pratiques et les raisons guidant leurs choix de nomination avec leurs contraintes. A une pratique monolithique a succédé une diversité de façons de faire et de points de vue. Les choix actuels de nomination des femmes s’avèrent souvent peu dissociables de leurs histoires personnelles. Soulignant la relation familiale, le nom peut être aussi perçu comme vecteur d’égalité ou devenir marque d’affection. Situé au croisement de l’alliance, de la filiation et de la parentalité, le nom, pour les femmes, se révèle porteur d’une pluralité d’enjeux et chargé de multiples sens.
 
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6 octobre 2020 à l'EHESS (visioconférence)

Julia Monge
 
Les consommations de substances illicites entre parents et enfants. Carrière d'usage, carrière parentale et tension normative
 
Jury
  • M. Richard Rechtman (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Patricia Alonso, Université de Limoges
  • M. François Beck, INSEE
  • Mme Maria Melchior, INSERM
  • Mme Perrine Roux, INSERM
  • Mme Laurence Simmat-DurandUniversité Paris Descartes
 
Résumé
Lorsque des parents consomment des drogues, l’on est tenté de se demander quel sera l’impact de cette pratique sur leurs enfants. Le regard que porte notre travail se situe en contre-champ de cette approche. Nous examinons, chez des parents usagers de substances illicites, les bouleversements que la socialisation de leurs enfants provoque sur leur manière de consommer. C’est au prisme de cette problématique que nous abordons le cas spécifique des consommations partagées. En combinant observation participante, entretiens semi-directifs et analyse de documents, l’enquête se donne pour objectif d’observer les interactions entre des familles dont au moins un enfant mineur a consommé une substance illicite avec ses parents et les acteurs chargés de prescrire, diffuser et garantir les normes en matière de parentalité. L’investigation a été réalisée en deux pans correspondant à ces deux populations. Elle aboutit à considérer la parentalité comme une carrière dépendante de la socialisation de l’enfant et dont le cadre de contrainte entre en contradiction avec celui des consommations. En ce sens, l’enfant constitue le curseur d’une tension normative entre la carrière parentale et la carrière de consommation. L’inclure ou l’exclure des pratiques liées aux drogues participe, pour le parent, d’une stratégie d’aménagement de ses deux carrières.

 
 
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4 septembre 2020 à l'EHESS (visioconférence)
 
Aline Dell'Orto Carvalho
 
Être caricaturiste. Le métier de dessinateur de presse à Rio de Janeiro (1844-1888)
 
Jury
  • M. Christophe Prochasson (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Ilmar Rohloff de Mattos (Directeur de thèse), Pontificia Universidade Catolica do Rio de Janeiro
  • M. Dominic Hardy, Université du Québec (Montréal)
  • Mme Anne Lafont, EHESS
  • Mme Tania Regina De Luca, Universidade Estadual Paulista Julio de Mesquita Filho
  • Mme Laura de Mello e Souza, Sorbonne Université
 
 
Résumé
Le XIXe siècle a pu être décrit par l’historiographie, entre autres, comme le siècle de la modernité, de la presse ou bien de l’image. Cette thèse se consacrera à montrer que ces trois éléments caractéristiques des 1800 se sont entrecroisés à bien d’occasions, dont celle de la construction d’un art de la caricature au sein de la presse à Rio de Janeiro durant l’Empire de Dom Pedro II. Il sera question, plus précisément, de la fabrication d’une existence concrète et symbolique pour le métier de caricaturiste. Allant au-delà de l’objet et nous intéressant aux personnages, il s’agit de comprendre la place qu’ils ont occupée et ont voulu occuper au sein de la société fluminense. En construisant leur métier par le moyen de la représentation, ces caricaturistes ont été en même temps des acteurs importants de l’idéalisation d’une modernité pour le Brésil. Tant en se représentant comme des personnages indispensables pour l’existence d’une modernité qu’en construisant par les images un modèle de société moderne. Nous allons parcourir, au long des trois parties de cette thèse, les trois scènes sur lesquelles s’est déroulé le développement de la caricature, ainsi que les aspects qui ont entouré sa naissance et son essor. Tout d’abord, le rapport des caricaturistes au pouvoir impérial : dans un premier temps marqué par la collaboration et progressivement par la contestation. Nous nous pencherons ensuite sur les relations professionnelles au sein de l’espace de la rédaction, traitant autant des configurations du métier que de l’accueil des caricaturistes étrangers en son sein. Dans la dernière partie, il sera question de la place occupée par la caricature non seulement dans la sphère publique, mais aussi dans l’espace public, ce dernier étant néanmoins perçu comme partie prenante dans la construction d’une opinion publique.
 
 
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10 janvier 2020 à l'EHESS 
 
Annabelle Bonnet 
thèse de doctorat en sociologie
 
"La barbe ne fait pas le philosophe.
Les femmes et la philosophie en France (1880-1949)"
 
 
Jury
  • M. Jean-Louis Fabiani (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Frédéric Brahami, EHESS
  • Mme Geneviève Fraisse, CNRS
  • Mme Juliette Rennes, EHESS
  • M. Hervé Touboul, Université Franche-Comté
  • Mme Patricia Vieira Tropia, Université Fedérale d’Uberlândia (Brésil)
 
Résumé
Dans ses principes, le régime républicain instauré en 1870 s’inspire de l’héritage des valeurs portées par les Lumières et la Révolution Française. En pratique, cette période a néanmoins été confrontée à diverses contradictions concernant les femmes. L’une d’entre elles mérite de faire l’objet d’une enquête : exactement au même moment que la philosophie est considérée comme la pratique culturelle républicaine par excellence, basée sur des concepts universels et un rôle moral dans la société dispensé par l’enseignement public, la loi Camille Sée refuse la pratique de l’enseignement philosophique aux femmes. À partir de ce moment, quelles relations les femmes ont-elles pu entretenir avec la philosophie ? Ont-elles, durant des décennies et sous cette contrainte durable, cessé de s’intéresser pour autant à la pratique philosophique et de produire des discours philosophiques ? Ce travail entend retracer l’histoire des femmes philosophes durant cette période en exhumant l’existence de luttes et de transgressions pour le droit à philosopher au même titre que les hommes.
 
 
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18 décembre 2019 à l'EHESS
 
Damien Guillaume
thèse de doctorat en Histoire
 
"Les débuts de l'"agitation antisémitique" en France dans une perspective européenne. Contribution à l'histoire de l'antisémitisme."

Jury
  • M. Christophe Prochasson (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Bertrand Joly, Université de Nantes
  • Mme Mareike König, Institut Historique Allemand (IHA)
  • Mme Marie-Anne Matard-Bonucci, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
  • M. Jean-Frédéric Schaub, EHESS
  • Mme Perrine Simon-Nahum, CNRS
 
Résumé
Les débuts d'une agitation proprement « antisémite » en France (non seulement en 1886 avec la parution de La France juive d'Édouard Drumont mais dès le début de la décennie) n'ont guère été considérés par l'historiographie qu'au regard de la situation nationale. Pourtant, ces débuts coïncidèrent très exactement avec divers développements de la « question juive » à l'échelle européenne auxquels les premiers antisémites français firent d'ailleurs abondamment référence.  La thèse se propose d'explorer cette séquence exceptionnelle de quelques années (approximativement 1878-1884) à travers sa réception française et tâche de mettre en évidence sa profondeur historique. L'adoption d'une focale large (ou perspective européenne) permet ainsi de dégager une dynamique de fond qui correspond à l'émergence progressive, tout au long du XIXe siècle, d'une « question juive » considérée par l'ouest du continent comme typiquement est-européenne. À ce titre, le tournant des années 1880 ne fut pas seulement le moment où se fit jour en Allemagne puis ailleurs cette forme d'hostilité antijuive supposée nouvelle et autoproclamée « antisémitique ». Elle fut également – en particulier avec les polémiques sur les juifs de Roumanie lors du congrès de Berlin puis l'écho international donné à la vague de pogroms russes de 1881-1882 – une étape cruciale dans la rencontre de deux hémisphères à la fois géographiques et thématiques de la « question juive ». Ainsi mis en contexte, les débuts de l'agitation antisémite en France ne se limitèrent pas à l'émergence d'une forme particulièrement radicale d'hostilité antijuive, initiative de quelques polémistes plus ou moins en vue et de structures militantes souvent marginales. Ces débuts confirmèrent parallèlement l'existence de profondes équivoques chez les tenants d'une approche libérale de la « question juive », c'est-à-dire ceux qui étaient les plus susceptibles de défendre les juifs face aux attaques de leurs ennemis.
 
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17 décembre 2019 à l'EHESS
 
Maria-Dolores Collazos Velasco 
thèse de doctorat en Etudes politiques
 
"Le rôle des Courts Constitutionnels vis-à-vis du pouvoir exécutif en Amérique latine. Etude comparative : Chili, Mexique et Colombie"
 
Jury
  • M. Pasquale Pasquino (Directeur de thèse), CNRS
  • Mme Manon Altwegg-Boussac, Université Paris-Est Créteil
  • Mme Eleonora Bottini, Université de Caen Normandie
  • M. Rainer Maria Kiesow, EHESS
  • M. Michel Troper, Université Paris Nanterre
 
Résumé
Au cours des deux dernières décennies du XXe siècle, les Tribunaux Constitutionnels sont devenus des acteurs politiques majeurs en Amérique latine. Cette transformation découle de l’adoption de réformes constitutionnelles intervenues à la fin des années 80 et dans les années 90 avec pour objectif de faire des Cours Constitutionnelles des institutions plus indépendantes et dotées de pouvoirs plus importants. Cette thèse cherche à proposer des éléments de réponse permettant de comprendre comment et dans quelle mesure la conception institutionnelle introduite par les réformes façonne le comportement des Tribunaux Constitutionnels latino-américains vis-à-vis du pouvoir Exécutif. Plus précisément, cette recherche s’intéresse au rôle des Cours Constitutionnelles dans leur fonction d’arbitrage des lois du pouvoir exécutif au Chili, au Mexique ainsi qu’en Colombie après l’introduction de réformes constitutionnelles visant à renforcer la justice constitutionnelle, intervenues respectivement en 2005, 1994 et 1991. Bien que l’approche classique consiste à considérer que la conception des institutions est un élément fondamental pour la modélisation du comportement judiciaire, et que ceux qui ont conçu les réformes avaient cette idée à l’esprit, mes résultats empiriques basés sur la recherche archivistique et l’étude des décisions de ces tribunaux suggèrent que la manière dont les juges constitutionnels construisent leur identité professionnelle, comprennent leurs objectifs en matière d’administration de la justice et assument leur rôle dans la démocratie, influent également sur la manière dont ils exercent leur contrôle juridictionnel. En d’autres termes, cette thèse soutient que la conception institutionnelle, bien que cruciale, n’est pas suffisante pour expliquer le comportement de la Cour Constitutionnelle à l’égard de l’Exécutif dans les pays ayant renforcé le contrôle juridictionnel après des périodes autoritaires, telles que celles étudiées dans mes recherches. Des recherches complémentaires sont nécessaires afin de mieux comprendre comment se forment l’idéologie et les conceptions professionnelles du juge et comment elles façonnent le comportement de la justice.
 
 
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17 décembre 2019 à l'EHESS 
 
Claudia Lea Pellegrino 
thèse de doctorat en Etudes politiques
 
"La Cour constitutionnelle italienne et son rôle en matière de garantie des droits fondamentaux des étrangers."
 
Jury
  • M. Pasquale Pasquino (Directeur de thèse), CNRS
  • Mme Manon Altwegg-Boussac, Université Paris-Est Créteil
  • Mme Eleonora  Bottini, Université de Caen Normandie
  • Mme Mariagiulia Giuffré, University of Liverpool (UK)
  • M. Rainer Maria Kiesow, EHESS
 
Résumé
Le présent travail se propose d’examiner le rôle joué par la Cour Constitutionnelle italienne dans la garantie des droits fondamentaux des individus, inscrits dans la Constitution, eu égard notamment à la catégorie des étrangers, n’ayant aucun lien de citoyenneté avec l’Etat. La recherche a été menée dans une perspective de reconstruction historique qui part de l’évolution de la justice constitutionnelle en Europe et des travaux de l’Assemblée constituante en Italie concernant l’institution du « Juge des lois ». Dans la première partie de la thèse, on a approfondi les profils de la structure de la Cour, de son fonctionnement, des instruments décisoires et des mécanismes d’accès au jugement constitutionnel sur les lois. A l’égard de ces derniers, on a voulu focaliser l’attention sur le recours incident tel qu’il est configuré dans notre système de justice constitutionnelle, en analysant ses points de force et ses limites et en opérant, ensuite, une comparaison avec la question prioritaire de constitutionnalité introduite, il y a dix ans, dans le système français. Objet d’étude a été également, le manque, dans le système italien, de toute forme de recours direct de la part des particuliers qui leur permette de saisir la Cour, même à défaut d’un jugement à quo engendrant la saisine de la question de légitimité constitutionnelle. On a pris, par conséquent, en considération les propositions législatives concernant l’introduction d’une telle institution et les orientations doctrinales qui se sont exprimées en termes positifs ou négatifs par rapport  à cette possibilité. La deuxième partie, représentant le cœur du travail, concerne la contribution de la Cour constitutionnelle à la définition du statut juridique de l'étranger et à la mise en œuvre du droit constitutionnel d'asile.  L’évolution de la jurisprudence constitutionnelle en matière d’immigration se caractérise par une certaine autolimitation de la part de la Cour par rapport au pouvoir discrétionnaire du législateur.  L'attitude de la Cour varie toutefois également en fonction des aspects réglementés et des droits présumés violés par la législation soumise au contrôle de constitutionnalité. En définitive, la Cour a contribué considérablement à un ajustement dynamique du statut des droits et des devoirs des étrangers, également avec des déclarations d'inconstitutionnalité visant à assurer la reconnaissance effective des droits de l’homme, consacrés dans la Constitution et dans le droit supranational et international, qui doivent être appliqués  quelle que soit la possession du status civitatis ou le caractère régulier du séjour.  En ce qui concerne le droit constitutionnel d’asile, la disposition de référence est l’article 10, paragraphe 3 de la Constitution. Le punctum crucis de la réflexion sur l'asile tel qu’il est défini par la Constitution est représenté par la relation de cet institut avec ceux de la protection internationale (statut de réfugié et protection  subsidiaire) régis par la législation interne de transposition des directives européennes faisant partie dudit « Système européen commun d’asile » ainsi que de la forme   résiduelle de protection interne dite "humanitaire", envisagée dans notre système jusqu'à sa récente abrogation.  On a tenté de répondre à deux questions : le droit constitutionnel d'asile peut-il être considéré comme "absorbé" par les instruments de protection indiqués ci-dessus et, par conséquent, mis en œuvre dans notre système juridique? Quel rôle la Cour constitutionnelle a-t-elle joué dans la définition de la nature juridique de cette institution et des droits qui lui sont associés, en l’absence d’une loi me
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