Soutenances de thèses

 

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le mercredi 12 décembre 2018  

à l'EHESS, 105 Bd Raspail, 75006 Paris, salle 13, à 14h

 

Sebastian Alonso Perez Sepulveda soutiendra sa thèse de doctorat en Sociologie :

A l'ombre de la sous-traitance.

Reconfigurations politiques du travail et des travailleurs au Chili

 

Jury

  • M. Gilles Bataillon (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Emmanuelle Barozet, Université du Chili
  • Mme Blandine Destremau, CNRS
  • M. Manuel Antonio Garreton, Université du Chili
  • M. Franck Gaudichaud, Université Grenoble Alpes
  • M. Danilo Martuccelli, Université Paris Descartes

      

Résumé

À la lumière des transformations néolibérales de la société chilienne, l’idée d’une dépolitisation du travail s’y est imposée comme un diagnostic qui fait largement consensus. Partant de l’éloignement entre le monde du travail et la politique institutionnelle, ce diagnostic reste pourtant problématique et insuffisant. En opérant une naturalisation des espaces sociaux et de leurs dynamiques évolutives, cette lecture demeure aveugle de la portée politique des transformations sociétales qui ont façonné le travail ainsi que des expériences ouvrières échappant aux voies traditionnelles de politisation. Pour combler ces lacunes, cette recherche observe comment le politique apparaît au cœur du travail. Loin d’une compréhension réductrice du champ institutionnel de l’État, le politique fait référence à la manière dont une société s’institue au niveau symbolique. C’est, selon Claude Lefort, une mise en forme de la société qui s’opère à travers des tensions et des conflits déployés au cœur du social. Notre thèse défend ainsi l’idée que les transformations introduites au Chili dès la fin des années 1970, ont institué une nouvelle mise en forme de la société, processus dans lequel le travail a été un élément de premier ordre. En effet, le changement du cadre juridique du travail, la restructuration socio-productive et leurs résonances socio-culturelles ont entrainé une véritable mutation de son mode d’existence politique au sein de la société : en perdant ses droits de cité, le travail est replacé derrière les frontières d’un espace économique naturalisé. Dans ce contexte, malgré la portée de la précarité et des impuissances individuelles et collectives vécues, une critique nouvelle du travail se déploie, en configurant un noyau de tensions politiques, dont la sous-traitance représente bien le paradigme. Au niveau matériel, la sous-traitance est une modalité dominante des stratégies de flexibilité productive des entreprises chiliennes, en mobilisant une proportion croissante de force de travail. Sur le plan juridique, dans les contextes de sous-traitance se retrouvent de façon critique les orientations dominantes de la Loi du travail du pays : le degré élevé de flexibilité de l’emploi à niveau individuel et l’hyper-régulation des négociations collectives, lesquelles, en restant limitées à chaque entreprise, renforcent la fragmentation syndicale. Sur le plan des expériences ouvrières, les contextes de sous-traitance se présentent comme des espaces marqués par la rencontre problématique de conditions et de statuts d’emploi hétérogènes, lesquelles impactent les rapports sociaux et les constructions identitaires. Cependant, par ailleurs la précarité relative, les contextes de sous-traitance constituent le théâtre d’une critique du travail qui met en avant les abus et les discriminations vécues, en mobilisant ainsi une compréhension nouvelle de l’égalité et de l’expérience démocratique au Chili. Ayant à la base l’étude d’une vaste bibliographie spécialisée et une enquête empirique se traduisant par une soixantaine de récits de vie d’ouvriers de trois secteurs productifs, cette recherche doctorale analyse ainsi la consolidation de la sous-traitance, comme étant un opérateur d’intelligibilité des reconfigurations politiques du travail et des travailleurs au Chili.

 

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le lundi 10 décembre 2018  

au Centre culturel irlandais (salle Michel Guillaume), 5 rue des Irlandais, 75005 Paris, à 9h

 

Adam Baczko soutiendra sa thèse de doctorat en Etudes politiques :

La guerre par le droit : justice, domination et violence en Afghanistan (2001-2018)

 

Jury

  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Gilles Dorronsoro (Codirecteur), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • M. Richard Banégas, IEP Paris
  • M. Rainer Maria Kiesow, EHESS
  • M. Alessandro Monsutti, The Graduate Institute, Geneva
  • M. Olivier Nay, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Mme Shalini Randeria, The Graduate Institute, Geneva

      

Résumé

 À l’inverse de la perception dominante, les guerres civiles ne sont pas des situations de non-droit, mais de compétition entre systèmes juridiques. Cette thèse retravaille les approches sociologiques du droit et de l’État pour penser l’établissement de tribunaux par un mouvement armé. À travers une enquête de terrain conduite entre 2010 et 2016, j’analyse les implications sociales et politiques de la formation d’un droit par l’insurrection Taliban en Afghanistan. Dans un contexte où rendre justice est indissociablement une activité juridique, un instrument de contrôle social et un enjeu de la guerre, comment un mouvement armé peut-il faire reconnaître les décisions de ses juges comme autant d’actes juridiques et non politiques ? Autrement dit, comment le juge Taliban, qui est Taliban autant que juge, parvient-il à se faire reconnaître dans sa fonction par la population ? Les Taliban mettent en place leurs tribunaux dans un contexte d’incertitude juridique radicale causé par des décennies de guerre civile et alimenté, après 2001, par l’intervention militaire occidentale. En vue d’assurer l’impartialité de ses juges, l’insurrection les intègre dans un système institutionnel et encadre leurs pratiques par des procédures rudimentaires d’objectivation. Tout en restant pris dans la guerre, ce système juridique permet au mouvement armé de régler des conflits privés et, par là, de légitimer son emprise territoriale et d’appliquer son programme politique.

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le jeudi 6 décembre 2018  à l'EHESS,

105 Bd Raspail, 75006 Paris (salle 8), à 9h

Nicola Apicella soutiendra sa thèse de doctorat en histoire : Georges Bataille et Alexandre Kojève La blessure de l'histoire

 

Jury

  • Mme Perrine Simon-Nahum (Directrice de thèse), CNRS
  • M. Philippe Sabot (Codirecteur), Université de Lille
  • M. Frédéric Brahami, EHESS
  • Mme Marie-Christine Lala, Université Sorbonne Nouvelle
  • M. Jean-Claude Monod, CNRS
  • Mme Judith Revel, Université Paris Nanterre

      

Résumé

Notre travail se propose d’interroger généalogiquement le pouvoir formateur que la philosophie de Hegel a exercé sur la pensée de Georges Bataille. À partir de la fin des années 1920, le système du Savoir Absolu n’a cessé de nourrir l’œuvre de cet intellectuel qu’on a souvent qualifié, trop hâtive-ment, d’anti-systématique, et pour qui la rencontre décisive d’Alexandre Kojève, l’un des premiers exégètes de Hegel en France, a joué un rôle exceptionnel dans la redéfinition des limites et des en-jeux de la connaissance discursive quand elle se heurte à la souveraineté du « non-savoir ». Néan-moins, cette opération n’a pas été linéaire : depuis l’époque de la revue Documents et jusqu’à sa mort, Bataille a calibré son hégélianisme (ou anti-hégélianisme) de façon très différente selon les circons-tances intellectuelles, en réagissant d’abord aux suggestions du surréalisme, puis à l’impulsion des nouvelles doctrines « bourgeoises » telles que la psychanalyse et la sociologie, et enfin à l’enseignement d’Alexandre Kojève. On a donc au moins trois trajectoires critiques qui traversent et bouleversent la doctrine hégélienne, laquelle sera progressivement rejetée, mais aussi récupérée avec des réserves et finalement réélaborée de façon originale. Trois étapes qui montrent un Bataille ca-pable d’intégrer à sa pensée des modèles discursifs qui n’en diminuent pas la puissance mais qui, au contraire, en sortent enrichis d’un nouvel élan qui leur soustrait tout schématisme à la faveur d’une structure plus fluide qui en bouscule les points cardinaux. Dans ce travail d’histoire intellectuelle, il est donc apparu nécessaire d’adopter une démarche diachronique plutôt que synchronique. La litté-rature secondaire qui s’est penchée sur l’apport de la philosophie de Hegel à la pensée bataillienne a souvent commis l’erreur de rapprocher des textes très éloignés dans le temps afin d’en tirer des ana-logies et des convergences qui, dans le but d’élucider une certaine cohérence interne à cette pensée elle-même, en banalise toutes les aspérités et les « fausses routes ». Ce qui en ressort est l’idée qu’il existe un bloc « Hegel-Bataille » ou « Kojève-Bataille » plus ou moins bien défini et difficilement questionnable. La faiblesse de cette approche ne saurait être plus flagrante : ne prenant pas en con-sidération l’articulation très riche des enjeux que ces binômes mettent en place à des époques diffé-rentes, marquées par des exigences qui ne sont pas toujours superposables, elle sclérose un rapport intellectuel qui s’est fait et défait durant vingt ans environ. Ainsi, nous tâchons de suivre l’évolution structurelle d’une posture, celle de Bataille, qui fait de la fluidité et de l’hésitation son style argu-mentatif. C’est pour cette raison que nous nous sommes appuyés davantage sur ses textes, édités et inédits, que sur les références secondaires, cherchant à limiter les lectures croisées et les anachro-nismes pour comprendre pourquoi, en 1950, Bataille avouait être de « formation hégélienne », lui qui depuis 1929 avait pris le parti de l’informe, et pourquoi Kojève lui témoignera un respect et une proximité intellectuelle toujours grandissants.

 

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Le lundi 12 novembre 2018  à l'EHESS,

54 Bd Raspail, 75006 Paris (Salle AS1_08),  à 14h

 

Maricel Rodriguez Blanco soutiendra sa thèse de doctorat en sociologie

Du barrage au guichet. Naissance et transformation des mouvements de chômeurs en Argentine (1990-2015)

 

Jury

  • M. Philippe Urfalino (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Loïc Blondiaux, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Mme Camille Goirand, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
  • M. Gérard Mauger, CNRS
  • Mme Françoise Montambeault, Université de Montréal

 

Résumé

 

Cette thèse porte dans une perspective sociohistorique et ethnographique sur le mouvement piquetero en Argentine et ses transformations successives durant les années 2000. Ce mouvement qui est né des actions collectives des chômeurs et travailleurs précaires à la fin des années 1990 contre les effets des réformes « néolibérales » et tient son nom de l’un de ses modes de protestation privilégié, le barrage de route ou piquete, a en effet donné lieu à l’implantation sur tout le territoire d’un vaste réseau d’organisations prestataires de services. Dès ses débuts, le mouvement piquetero a fait l’objet d’un double traitement de la part de l’État oscillant de manière ambiguë entre répression et récupération. Mais c’est finalement la deuxième option qui va l’emporter avec la mise en place de programmes de transferts conditionnés des ressources (Conditional Cash Transfer Programs). Dans cette nouvelle configuration de l’action publique ciblée, il s’agit désormais pour l’État de déléguer la distribution des aides sociales à un réseau d’organisations, au regard de leur proximité territoriale avec les populations précarisées. Or, ce rôle de guichet, qui tend à introduire d’une manière ou d’une autre de la concurrence entre les organisations, a ainsi rapidement contribué à fragmenter encore davantage l’espace piquetero. Dans le cadre de cette recherche, nous nous sommes donc intéressés aux effets ambivalents des rapports entretenus par l’État avec un mouvement social sur la base d’une sociologie historique de l’espace des organisations piqueteras et de l’analyse des trajectoires individuelles et collectives des participants, avant, durant et après leur engagement. Au cours de ce travail, nous avons cherché à combiner méthodes qualitatives et quantitatives à partir d’une vaste enquête de terrain menée pendant 40 mois, entre 2000 et 2015, dans deux provinces argentines. D’une part, à travers une ethnographie nous avons observé le cadre des interactions entre leaders, militants de base et autres membres, tout en multipliant les entretiens biographiques approfondis auprès de ces différentes catégories (N=104). Une prosopographie des leaders et de leur carrière militante (N=76) nous a, d’autre part, permis à partir des méthodes statistiques de l’analyse factorielle et de la classification de rendre compte de la structuration de cet espace des organisations de chômeurs. La thèse s’attache d’abord, dans une première partie, à l’appui d’archives et d’entretiens, à mettre en lumière les conditions de possibilité de la cristallisation progressive d’un mouvement social en un espace d’organisations. Tout au long de cette partie, nous avons cherché à appréhender le contexte, les enjeux et les moyens d’action de ce mouvement contestataire, en rapportant son inscription à l’évolution depuis le début du XXè siècle des rapports entre État (les gouvernements successifs), partis politiques et syndicats, et aux redéfinitions des modalités de l’action publique qui en découlent. Ce qui frappe tout particulièrement au travers de cette approche rétrospective, c’est notamment l’ancrage de ce mouvement dans tout un ensemble de structures associatives préexistantes (communautés chrétiennes de base, mouvements de lutte pour la terre). Pour prolonger cette histoire sociale du mouvement, un traitement localisé d’une série de conflits dans les provinces argentines donne à voir la façon dont dans une conjoncture de privatisations et de montée du chômage, les premiers mouvements de chômeurs sont parvenus progressivement à se faire reconnaître comme interlocuteurs légitimes des gouvernements d’abord au niveau local puis national. La deuxième partie de la thèse est, elle, consacrée à l’analyse des pratiques militantes propres à ces organisations avec une focale centrée sur les formes d’encadrement des chômeurs et travailleurs précaires, puis sur les carrières des leaders. L’ouverture de la boîte noire des organisations révèle ainsi à quel point leur fonctionnement interne résulte de la capacité d’un ensemble d’intermédiaires à mener un travail de représentation, de mobilisation et de gestion des ressources vis-à-vis de fractions des classes populaires particulièrement disposées à s’engager dans la durée. L’examen statistique des trajectoires de leaders nous renseigne par ailleurs sur les ressources nécessaires à l’occupation d’un tel poste et sur leur efficacité en termes de négociation avec les représentants de l’État, liés pour la majorité d’entre eux à d’expériences militantes précoces acquises auprès des partis, des syndicats et de l’administration locale. Dans cette étude des leaders, il était d’important de mettre en évidence ce que l’engagement fait à leurs parcours individuels à l’image d’une fraction de ce groupe qui a pu trouver dans les organisations de véritables tremplins pour l’obtention de mandats représentatifs (député, conseiller municipal, sénateur, etc.) et de postes dans la haute administration (secrétaire d’État auprès d’un ministre, etc.). Enfin, une troisième partie a servi à appréhender les pratiques associatives au sein des organisations par les usages que font les participants de leur engagement. Nous avons cherché en premier lieu à restituer les logiques ayant présidé à l’entrée de ces chômeurs et travailleurs au sein des organisations. Les profils recrutés ont été étudiés pour donner à voir ce que sont les conditions de l’engagement de ces chômeurs et travailleurs précaires dans la durée, ainsi que les effets sur leurs trajectoires. C’est ensuite avec l’observation des pratiques notamment lors des assemblées qu’il a été possible de prendre la mesure des principes d’encadrement tendus entre militantisme et management qui pèsent sur les participants. Si cette fraction de précaires témoigne au sein des classes populaires de formes de mobilisation et de résistance particulièrement exemplaires, ils tendent également à déployer des modalités d’accommodement aux organisations, différenciées suivant leur socialisation, ainsi que le volume et la nature de leurs ressources. Cette thèse pourra intéresser toutes les personnes travaillant sur des problématiques liées aux transformations de l’État et de l’action publique, leurs effets paradoxaux, mais aussi aux questions d’institutionnalisation des mouvements sociaux et, plus largement, de tout ce qui a trait à la question sociale au sein des systèmes politiques dans les pays du Sud.

 

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Le jeudi 20 septembre 2018

à l'EHESS, 105 Bd Raspail, 75006 Paris (salle 1),  à 15h


Baptiste Gillier soutiendra sa thèse de doctorat en études politiques :

Punto de Vista (1978-2008): Politique d’une critique


Jury

  • M. Gilles Bataillon (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Jorge Monteleone (Codirecteur), Universidad de Buenos Aires
  • M. Olivier Compagnon, Université Sorbonne Nouvelle –Paris 3
  • Mme Marie-France Prévôt-Schapira, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
  • M. Patrice Vermeren, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis


Résumé

 

En mars 2008 a paru le 90ème et dernier numéro de la revue culturelle argentine Punto de Vista (1978-2008). Beatriz Sarlo – directrice officielle de la publication depuis 1981 – signe personnellement le dernier éditorial dans lequel elle souligne que la revue fut une « manière d’écrire sur la littérature et la politique ». En accordant une attention toute particulière à la matérialité et à la singularité de l’objet revue, cette recherche se propose de rendre compte de cette « manière d’écrire », c’est-à-dire de la critique de Punto de Vista. Dans une perspective socio-historique, cette étude retrace dans un premier temps la trajectoire du collectif éditorial au travers de ses interventions dans le champ politique et intellectuel argentin. Apparue en pleine dictature militaire, la revue devient à partir de la transition démocratique un référent important du champ intellectuel argentin, avant de s’inscrire de manière plus périphérique dans une fin-de-siècle marquée par la crise sociale et par l’essoufflement du modernisme. Dans un second temps, ce travail de recherche interroge le projet critique de la revue qui repose sur une reconfiguration des relations entre la culture et la politique à la lumière du nouveau paradigme démocratique. À travers une réinvention de la tradition et une mise à jour de la critique, la revue va construire une perspective singulière à la fois sur le présent et sur la passé marquée par le paradigme moderne. Enfin, par le biais d’un « retour critique », cette étude se propose de renverser sa propre perspective et de rendre compte, à travers la politique de la littérature, des emprunts de la critique. 

 

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Le vendredi 29 juin 2018

à 14h, à l'EHESS, 96 Bd Raspail, 75006 Paris, salle des artistes,

 

Benjamin MOALLIC soutiendra sa thèse en sociologie :

L'émergence des phénomènes associatifs en Amérique centrale (Nicaragua, Salvador 1960-2009)

 

Jury

  • M. Gilles Bataillon (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Marco Antonio Estrada, Colegio de México
  • Mme Françoise Lestage, Université Paris Diderot
  • M. Danilo Martuccelli, Université Paris Descartes
  • Mme Sylvie Pédron Colombani, Université Paris Ouest Nanterre
  • M. Dominique Vidal, Université Paris Diderot

 

Résumé

 

Au début des années 1990, au terme d’une décennie de guerres internes, le Salvador et le Nicaragua ont été les théâtres d’une multiplication sans précédent d’associations de développement et d’ONG humanitaires. Provenant des anciennes mouvances révolutionnaires du Front sandiniste de libération nationale au Nicaragua et du Front Farabundo Martí pour la libération nationale au Salvador, ces organisations nouvelles ont été le signe de l’apparition d’un militantisme professionnel et technicisés proche de « l’humanitaire-expert » et en rupture avec les engagements politico-militaires qui avaient jusqu’alors dominé les scènes militantes centraméricaines. Comment dès lors comprendre l’émergence de ces phénomènes associatifs ? Nés à la croisée de bouleversements sociaux et politiques majeurs, entre la fin des guerres, l’effondrement des gestes révolutionnaires et l’avènement de régimes démocratiques, ces faits associatifs ont d’abord été le fruit d’une conversion de leurs dirigeants. Anciens cadres révolutionnaires du parti-État sandiniste et des guérillas salvadoriennes, ceux-ci occupaient en effet déjà à la fin des années 1980 la tête des mouvances associatives du Front sandiniste et du Front Farabundo Martí. Or c’est là, au sein de ces nébuleuses, que ces acteurs se sont saisis de schèmes humanitaires nouveaux et de registres managériaux, entraînant dans leur sillage « l’ONGisation » de leurs organisations et l’investissement de causes féministes, indigénistes ou environnementalistes. De sorte que l’histoire de ces associations et de leur émergence est l’histoire de cette conversion. D’où le choix de ce travail de retracer le parcours de ces militants depuis leur basculement dans la lutte armée et les organisations révolutionnaires jusqu’à leur conversion à l’humanitaire-expert et leur insertion dans le monde des ONG. Ce faisant, ce travail met en résonance plusieurs analyses. Une réflexion d’abord sur les modalités de basculement dans la violence armée et d’incorporation aux organisations de guérillas. Une réflexion ensuite sur les logiques de conversion politique et de reconversion professionnelle des acteurs politico-militaires. Une réflexion enfin sur la naissance des milieux associatifs et la constitution de carrières militantes. Et au travers de ces analyses se dessine in fine une enquête plus générale sur la nature même des phénomènes associatifs au Salvador et au Nicaragua, leurs usages et leurs fonctions, et montrent le rôle de « supports » sociaux et politiques qu’ils jouent aujourd’hui dans les nouvelles démocraties centraméricaines.

 

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Le mercredi 21 février 2018  

à l'EHESS, 105 Bd Raspail, 75006 Paris, salle 13, à 9h, 

 

Aysegül BOZAN - thèse de doctorat en sociologie :

Engagement des jeunes de l'AKP. La trajectoire de l'Islam politique en Turquie

 

Jury

  • Mme Nilüfer Göle (Directrice de thèse), EHESS
  • M. Hamit Bozarslan, EHESS
  • Mme Elise Massicard, CNRS
  • Mme Buket Türkmen, Université de Galatasaray-Istanbul (Turquie)

 

Résumé

 

La socialisation politique des jeunes engagés dans le Parti de la Justice et du Développement Adalet ve Kalkınma Partisi, l’AKP- en Turquie et les conséquences de ce militantisme sur leur rapport à l’autre et leur vision du monde sont l’objet d’étude de cette thèse. La question de la relation avec des groupes « d'autruis » -les Kurdes et les alévis- permet  d’examiner le potentiel de démocratisation de l’AKP, parti issu de l’islam politique se définissant comme conservateur démocrate. Présentés auparavant par leur capacité à réaliser la compatibilité de l’islamisme avec la démocratie, le modèle turc et l’AKP, constituent aujourd’hui un cas pour analyser les obstacles à la démocratisation. Grâce à une enquête menée dans huit villes de Turquie -Istanbul, Antalya, Alanya Kayseri, Aksaray, Sivas, Ordu, Van- cette étude examine les trajectoires d’engagement et de cadrage politique des jeunes dans l’AKP. Elle met ainsi en lumière l’absence de transformation du cadre structurel en vue de la reconnaissance des droits de « l’autrui » qui révèle les déficits démocratiques.

 

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Le jeudi 18 janvier 2018 

à l'Institut historique allemand  (8 rue du Parc Royal, 75003 Paris), à 14h


Christophe Rime - thèse de doctorat en Etudes politiques :

Quel futur pour le passé ? Mémoire contemporaine : le retour aux temps mythiques

 

Jury

  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau (Directeur de thèse), EHESS
  • M. François Hartog, EHESS
  • M. Bertrand Ogilvie, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
  • M. Pascal Ory, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


Résumé

 

Depuis plus d’une trentaine d’années, l’histoire, et plus généralement les sciences sociales, apparaissent comme bousculées sur leurs assises, brutalisées sur leurs acquis, heurtées jusque dans leurs concepts et leurs méthodes. Cela n’aura échappé à personne, l’histoire, ce métarécit de véridiction, est en perte de vitesse, en proie à une désorientation manifeste. Il semble que ce qu’annonçait Jean-François Lyotard, dans son ouvrage identifiant le postmodernisme en 1979, soit en passe de trouver des conditions favorables de réalisation. À quels phénomènes est due cette métamorphose frappant l’histoire ? Quelles sont les racines de cette mutation de la place des savoirs dans la société ? Est-ce dû à une forme d’accélération de l’histoire, aux déstructurations imposées par le mouvement de la globalisation, ou à ce simultanéisme auquel il soumet un monde de plus en plus connecté ? Sont-ce les crises multiples et de tous ordres qui entraînent également l’histoire dans le tourbillon créé par cette tyrannie du présent que l’historien François Hartog a identifié comme le présentisme ? Ce monde en mutations profondes, lesquelles redéfinissent la place des savoirs au sein des collectivités occidentales, laisse songeur. Quel futur restera-t-il pour le passé ? Quel est l’avenir de la discipline scientifique historique ? Les objectifs de cet essai engagent plutôt à comprendre ce qui est à l’œuvre et se confronte à l’histoire comme discipline, comme rapport au passé également, comme régime d’historicité surtout. Dans cette perspective, l’indice le plus révélateur, le plus signifiant et le plus directement identifiable de cette perte de repère est l’ère de la mémoire qui s’est installée en Occident, depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Excès de mémoire qui a assez rapidement mené au mémorialisme, et à la politique de la mémoire, au polymémorialisme et à l’hypermnésie enfin. Histoire et mémoire, mémoire et histoire. Le débat qui questionne la relation chahutée entre ces deux ennemis complémentaires ne semble pas neuf, pourtant le surgissement massif de la mémoire, au cours du deuxième vingtième siècle, jette les cartes d’une nouvelle redistribution des enjeux, des attentes et usages sociaux du passé, dans ce présent hyperprésent. Une réflexion critique, entre mémoire et histoire, parce qu’il « faut ouvrir un futur au passé », comme l’écrivait le philosophe Paul Ricoeur.

 

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Le lundi 15 janvier 2018 

à l'université de Bucarest  (salle du conseil),  à 10h

 

Andrada-Mihaela ISTRATE - thèse de doctorat en sociologie :

The Making of a Postsocialist Fact – Caritas and Mutual-Aid Games, Romania, 1991-1994

 

Jury

  • M. Jean-Louis Fabiani (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Lazar Vlasceanu (Directeur de thèse), Université de Bucarest
  • M. Alfred Bulai, Ecole nationale d’études politiques et administratives (SNSPA), Bucarest
  • M. Darie Cristea, Université de Bucarest
  • M. Cyril Lemieux, EHESS
  • Mme Cosima Rughinis, Université de Bucarest


Résumé

 

En mobilisant une variété d’inscriptions textuelles et graphiques (documents, articles de presse, publicités et petites annonces, transcriptions d'entretiens, travaux scientifiques et ouvrages de fiction), cette thèse se propose de reconstituer la dynamique des jeux d’entraide dans la Roumanie des années 1990. Les jeux d’entraide ont été associés avec les schémas pyramidaux Ponzi et fonctionnaient selon un principe pyramidal et de redistribution – le succès des inscrits dépendait largement de l’extension du réseau par l’intégration de nouveaux participants. Cette recherche est centrée sur la matérialité des jeux d’entraide, afin de montrer le travail des individus, des objets et des technologies pour leur fabriquer du sens. À cet effet, on a suivi deux axes d’argumentation convergents: premièrement, vu la marginalisation de l’étude des jeux d’entraide par l’histoire récente, la thèse gagne à être lue comme une histoire des jeux d’entraide, surtout de Caritas, dans la Roumanie des années 1991- 1995. Les événements sont repris par ordre chronologique, dans une tentative de faire parler autant les adeptes, que les opposants des jeux d’entraide. Toutes les analyses rétrospectives négligent la dimension temporelle de Caritas, ce qui introduit des biais importants dans l’étude de la séquentialité et des acteurs concernés. Secondement, en partant du grand nombre des participants, des montants mis en jeu et de l’exposition dans les médias, je me focalise sur les rapports de confiance et de pouvoir et sur leur fonctionnement à une grande échelle. Cette thèse met en cause l’une des explications courantes, selon laquelle le pouvoir politique et économique sont la matrice causale qui a souvent servi de grille de lecture pour les transformations de la société et de l’économie roumaines. Inspirée par la théorie de l’acteur-réseau, je propose une notion pragmatique du pouvoir, en le situant dans la manière où les inscriptions facilitent et organisent l’expérience du pouvoir. Le pouvoir se façonne en permanence entre les mains des acteurs qui le traduisent selon leurs objectifs. Ainsi, j’envisage Caritas comme un réseau hétérogène, constitué d’humains et de non-humains qui configurent les possibilités d’action. La confiance est établie à travers des tableaux, des listes des gagnants et de leur témoignages, des photographies, des détails comptables, des « immutable mobiles », tout comme des technologies de la confiance, sous la forme de l’expertise mathématique, de la suspension de l’anonymat, la gestion informatique de l’entreprise, les voix déléguées et les controverses concernant la nominalisation et la catégorisation. La perte de la confiance est un résultat des acteurs travaillant à faire passer pour accompli, un fait qui ne s’était pas encore produit (la faillite de Caritas). Ces procédures de facticité reposent sur l’association de l’ambiguïté avec l’illégalité, l’inflation de chiffres et de rhétorique quantitative, ainsi qu’avec la création d’une division entre les gagnants et les perdants des jeux d’entraide, qui finit par introduire de nouvelles catégories de « personne ».

 

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Le mercredi 10 janvier 2018  

à l'EHESS (salle 3, 105 Bd Raspail, 75006 Paris),  à 9h


Frédéric COHEN - thèse de doctorat en Etudes politiques :

La question du meilleur régime politique à l'épreuve des relations internationales dans la pensée de Raymond Aron


Jury

  • M. Pierre Manent (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Monique Castillo, Université Paris-Est Créteil
  • M. Jean-Vincent Holeindre, Université Panthéon-Assas
  • M. Jean-Claude Monod, CNRS
  • M. Philippe Raynaud, Université Panthéon-Assas

 

Résumé

 

Cette thèse cherche à comprendre pourquoi Aron juge essentiel d’étudier la question du meilleur régime politique à l’épreuve des relations internationales. Il s’agit de s’interroger sur l’ampleur et le sens politique de ce que Raymond Aron appelle le drame humain, en précisant la nature de la distinction entre l’intérieur et l’extérieur, entre la politique domestique et les affaires étrangères qu’il juge essentiel, tout en examinant les rapports complexes qui se nouent entre ces deux domaines de la vie politique. Nous tâchons d’éclairer la signification que revêt aux yeux d’Aron la primauté de la politique dans l’organisation des choses humaines, alors que pourtant l’organisation politique des sociétés modernes lui apparaît essentiellement indéterminée. Ceci nous amène à nous interroger sur la conception aronienne singulière de la démocratie et du libéralisme, au regard des tensions fondamentales de la vie politique entre les réquisits du bon gouvernement et les contraintes du jeu international. L’étude des antinomies de l’action politique, nous conduit à revenir sur les principaux débats entre réalistes et idéalistes au sujet du problème de la guerre et de la paix, qu’Aron examine à travers ses réflexions sur le « problème machiavélien » et « le « problème kantien ». Il s’agit de préciser le sens de la prudence politique selon Aron, en s’interrogeant sur les limites inhérentes à la recherche du meilleur ordre politique qui soit et en tenant compte du défi que représente la menace thermonucléaire.

 

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Le mardi 9 janvier 2018  

au siège du Centre Régional Francophone de Recherches Avancées en Sciences Sociales (CEREFREA-Roumanie), à 9h


Doru-Adrian LIXANDRU - thèse de doctorat en histoire :

Le monarchisme carliste dans la Roumanie des années 1930 : Autoritarisme, nationalisme et modernisation


Jury

  • M. Stéphane Audoin-Rouzeau (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Florin Turcanu (Directeur de thèse), Université de Bucarest
  • M. Radu Carp, Université de Bucarest
  • M. Christophe Prochasson, EHESS
  • Mme Ligia Livada, Université de Bucarest


 

Résumé

 

Les chercheurs en sciences sociales qui ont étudié la Roumanie de l’entre-deux-guerres ont rarement exploré les relations entre monarchisme, nationalisme et modernisation, surtout en ce qui concerne le règne du roi Carol II (1930-1940). Cette recherche explique les limites théoriques des ouvrages sur l’autoritarisme monarchiste, montrant le fait que ce phénomène doit être envisagé non pas comme étant simplement un résultat de la volonté du roi, mais dans un contexte historique et idéologique beaucoup plus large. Nous avons essayé d’enrichir le débat sur une série d’idées fondamentales sur le gouvernement et sur la modernisation dans la Roumanie de cette époque par une analyse de l’idéologie et de la carrière politique du monarque et de ses partisans. Selon l’hypothèse centrale de notre étude, le carlisme roumain devrait être compris comme un mouvement politique qui défend un projet politique moderne destiné à être accompli à travers des réformes nationalistes dirigées par une monarchie autoritaire.     Les plus importants chapitres de la thèse portent ainsi sur la façon dont l’idéologie carliste et la pratique politique carliste développées dans les années 1920 et 1930 ont été centrées sur l’idée d’un leader destiné à faciliter la mise en place d’un programme de régénération nationale. La propagande officielle et les partisans du roi ont toujours présenté les initiatives politiques, culturelles ou sociales de celui-ci comme étant orienté précisément vers cet objectif. Afin d’explorer la manière de laquelle la montée de l’autoritarisme monarchique est légitimée par une série d’idées et de pratiques modernisatrices, cette recherche utilise un cadre conceptuel et analytique lié à l’étude de l’histoire des idées politiques pour essayer de comprendre la nature de la symbiose entre monarchisme et projets de renaissance nationale dans la Roumanie des années 1930.

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