Soutenances de thèses

 

10 janvier 2020 à l'EHESS 

Annabelle Bonnet 
thèse de doctorat en sociologie
 
"La barbe ne fait pas le philosophe.
Les femmes et la philosophie en France (1880-1949)"
 
 
Jury
  • M. Jean-Louis Fabiani (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Frédéric Brahami, EHESS
  • Mme Geneviève Fraisse, CNRS
  • Mme Juliette Rennes, EHESS
  • M. Hervé Touboul, Université Franche-Comté
  • Mme Patricia Vieira Tropia, Université Fedérale d’Uberlândia (Brésil)
 
Résumé
Dans ses principes, le régime républicain instauré en 1870 s’inspire de l’héritage des valeurs portées par les Lumières et la Révolution Française. En pratique, cette période a néanmoins été confrontée à diverses contradictions concernant les femmes. L’une d’entre elles mérite de faire l’objet d’une enquête : exactement au même moment que la philosophie est considérée comme la pratique culturelle républicaine par excellence, basée sur des concepts universels et un rôle moral dans la société dispensé par l’enseignement public, la loi Camille Sée refuse la pratique de l’enseignement philosophique aux femmes. À partir de ce moment, quelles relations les femmes ont-elles pu entretenir avec la philosophie ? Ont-elles, durant des décennies et sous cette contrainte durable, cessé de s’intéresser pour autant à la pratique philosophique et de produire des discours philosophiques ? Ce travail entend retracer l’histoire des femmes philosophes durant cette période en exhumant l’existence de luttes et de transgressions pour le droit à philosopher au même titre que les hommes.
 
 
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18 décembre 2019 à l'EHESS
 
Damien Guillaume
thèse de doctorat en Histoire
 
"Les débuts de l'"agitation antisémitique" en France dans une perspective européenne. Contribution à l'histoire de l'antisémitisme."

Jury
  • M. Christophe Prochasson (Directeur de thèse), EHESS
  • M. Bertrand Joly, Université de Nantes
  • Mme Mareike König, Institut Historique Allemand (IHA)
  • Mme Marie-Anne Matard-Bonucci, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
  • M. Jean-Frédéric Schaub, EHESS
  • Mme Perrine Simon-Nahum, CNRS
 
Résumé
Les débuts d'une agitation proprement « antisémite » en France (non seulement en 1886 avec la parution de La France juive d'Édouard Drumont mais dès le début de la décennie) n'ont guère été considérés par l'historiographie qu'au regard de la situation nationale. Pourtant, ces débuts coïncidèrent très exactement avec divers développements de la « question juive » à l'échelle européenne auxquels les premiers antisémites français firent d'ailleurs abondamment référence.  La thèse se propose d'explorer cette séquence exceptionnelle de quelques années (approximativement 1878-1884) à travers sa réception française et tâche de mettre en évidence sa profondeur historique. L'adoption d'une focale large (ou perspective européenne) permet ainsi de dégager une dynamique de fond qui correspond à l'émergence progressive, tout au long du XIXe siècle, d'une « question juive » considérée par l'ouest du continent comme typiquement est-européenne. À ce titre, le tournant des années 1880 ne fut pas seulement le moment où se fit jour en Allemagne puis ailleurs cette forme d'hostilité antijuive supposée nouvelle et autoproclamée « antisémitique ». Elle fut également – en particulier avec les polémiques sur les juifs de Roumanie lors du congrès de Berlin puis l'écho international donné à la vague de pogroms russes de 1881-1882 – une étape cruciale dans la rencontre de deux hémisphères à la fois géographiques et thématiques de la « question juive ». Ainsi mis en contexte, les débuts de l'agitation antisémite en France ne se limitèrent pas à l'émergence d'une forme particulièrement radicale d'hostilité antijuive, initiative de quelques polémistes plus ou moins en vue et de structures militantes souvent marginales. Ces débuts confirmèrent parallèlement l'existence de profondes équivoques chez les tenants d'une approche libérale de la « question juive », c'est-à-dire ceux qui étaient les plus susceptibles de défendre les juifs face aux attaques de leurs ennemis.
 
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17 décembre 2019 à l'EHESS
 
Maria-Dolores Collazos Velasco 
thèse de doctorat en Etudes politiques
 
"Le rôle des Courts Constitutionnels vis-à-vis du pouvoir exécutif en Amérique latine. Etude comparative : Chili, Mexique et Colombie"
 
Jury
  • M. Pasquale Pasquino (Directeur de thèse), CNRS
  • Mme Manon Altwegg-Boussac, Université Paris-Est Créteil
  • Mme Eleonora Bottini, Université de Caen Normandie
  • M. Rainer Maria Kiesow, EHESS
  • M. Michel Troper, Université Paris Nanterre
 
Résumé
Au cours des deux dernières décennies du XXe siècle, les Tribunaux Constitutionnels sont devenus des acteurs politiques majeurs en Amérique latine. Cette transformation découle de l’adoption de réformes constitutionnelles intervenues à la fin des années 80 et dans les années 90 avec pour objectif de faire des Cours Constitutionnelles des institutions plus indépendantes et dotées de pouvoirs plus importants. Cette thèse cherche à proposer des éléments de réponse permettant de comprendre comment et dans quelle mesure la conception institutionnelle introduite par les réformes façonne le comportement des Tribunaux Constitutionnels latino-américains vis-à-vis du pouvoir Exécutif. Plus précisément, cette recherche s’intéresse au rôle des Cours Constitutionnelles dans leur fonction d’arbitrage des lois du pouvoir exécutif au Chili, au Mexique ainsi qu’en Colombie après l’introduction de réformes constitutionnelles visant à renforcer la justice constitutionnelle, intervenues respectivement en 2005, 1994 et 1991. Bien que l’approche classique consiste à considérer que la conception des institutions est un élément fondamental pour la modélisation du comportement judiciaire, et que ceux qui ont conçu les réformes avaient cette idée à l’esprit, mes résultats empiriques basés sur la recherche archivistique et l’étude des décisions de ces tribunaux suggèrent que la manière dont les juges constitutionnels construisent leur identité professionnelle, comprennent leurs objectifs en matière d’administration de la justice et assument leur rôle dans la démocratie, influent également sur la manière dont ils exercent leur contrôle juridictionnel. En d’autres termes, cette thèse soutient que la conception institutionnelle, bien que cruciale, n’est pas suffisante pour expliquer le comportement de la Cour Constitutionnelle à l’égard de l’Exécutif dans les pays ayant renforcé le contrôle juridictionnel après des périodes autoritaires, telles que celles étudiées dans mes recherches. Des recherches complémentaires sont nécessaires afin de mieux comprendre comment se forment l’idéologie et les conceptions professionnelles du juge et comment elles façonnent le comportement de la justice.
 
 
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17 décembre 2019 à l'EHESS 
 
Claudia Lea Pellegrino 
thèse de doctorat en Etudes politiques
 
"La Cour constitutionnelle italienne et son rôle en matière de garantie des droits fondamentaux des étrangers."
 
Jury
  • M. Pasquale Pasquino (Directeur de thèse), CNRS
  • Mme Manon Altwegg-Boussac, Université Paris-Est Créteil
  • Mme Eleonora  Bottini, Université de Caen Normandie
  • Mme Mariagiulia Giuffré, University of Liverpool (UK)
  • M. Rainer Maria Kiesow, EHESS
 
Résumé
Le présent travail se propose d’examiner le rôle joué par la Cour Constitutionnelle italienne dans la garantie des droits fondamentaux des individus, inscrits dans la Constitution, eu égard notamment à la catégorie des étrangers, n’ayant aucun lien de citoyenneté avec l’Etat. La recherche a été menée dans une perspective de reconstruction historique qui part de l’évolution de la justice constitutionnelle en Europe et des travaux de l’Assemblée constituante en Italie concernant l’institution du « Juge des lois ». Dans la première partie de la thèse, on a approfondi les profils de la structure de la Cour, de son fonctionnement, des instruments décisoires et des mécanismes d’accès au jugement constitutionnel sur les lois. A l’égard de ces derniers, on a voulu focaliser l’attention sur le recours incident tel qu’il est configuré dans notre système de justice constitutionnelle, en analysant ses points de force et ses limites et en opérant, ensuite, une comparaison avec la question prioritaire de constitutionnalité introduite, il y a dix ans, dans le système français. Objet d’étude a été également, le manque, dans le système italien, de toute forme de recours direct de la part des particuliers qui leur permette de saisir la Cour, même à défaut d’un jugement à quo engendrant la saisine de la question de légitimité constitutionnelle. On a pris, par conséquent, en considération les propositions législatives concernant l’introduction d’une telle institution et les orientations doctrinales qui se sont exprimées en termes positifs ou négatifs par rapport  à cette possibilité. La deuxième partie, représentant le cœur du travail, concerne la contribution de la Cour constitutionnelle à la définition du statut juridique de l'étranger et à la mise en œuvre du droit constitutionnel d'asile.  L’évolution de la jurisprudence constitutionnelle en matière d’immigration se caractérise par une certaine autolimitation de la part de la Cour par rapport au pouvoir discrétionnaire du législateur.  L'attitude de la Cour varie toutefois également en fonction des aspects réglementés et des droits présumés violés par la législation soumise au contrôle de constitutionnalité. En définitive, la Cour a contribué considérablement à un ajustement dynamique du statut des droits et des devoirs des étrangers, également avec des déclarations d'inconstitutionnalité visant à assurer la reconnaissance effective des droits de l’homme, consacrés dans la Constitution et dans le droit supranational et international, qui doivent être appliqués  quelle que soit la possession du status civitatis ou le caractère régulier du séjour.  En ce qui concerne le droit constitutionnel d’asile, la disposition de référence est l’article 10, paragraphe 3 de la Constitution. Le punctum crucis de la réflexion sur l'asile tel qu’il est défini par la Constitution est représenté par la relation de cet institut avec ceux de la protection internationale (statut de réfugié et protection  subsidiaire) régis par la législation interne de transposition des directives européennes faisant partie dudit « Système européen commun d’asile » ainsi que de la forme   résiduelle de protection interne dite "humanitaire", envisagée dans notre système jusqu'à sa récente abrogation.  On a tenté de répondre à deux questions : le droit constitutionnel d'asile peut-il être considéré comme "absorbé" par les instruments de protection indiqués ci-dessus et, par conséquent, mis en œuvre dans notre système juridique? Quel rôle la Cour constitutionnelle a-t-elle joué dans la définition de la nature juridique de cette institution et des droits qui lui sont associés, en l’absence d’une loi mettant en œuvre la réserve de législation prévue par la disposition constitutionnelle susmentionnée? Le travail se conclut donc par le souhait d’une intervention plus significative de la Cour, sanctionnant l’absence d’une discipline prescrite par la Constitution, afin de rétablir le droit autonome de l’individu à l’asile constitutionnel.
 
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13 décembre 2019

Marine Quennehen 
thèse de doctorat en Sociologie
 
"La paternité "ordinaire" en prison."

Jury
  • Mme Irène Thèry (Directrice de thèse), EHESS
  • M. Laurent Toulemon (Co-Directeur), INED
  • Mme Coline Cardi, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
  • Mme Pascale Jamoulle, Université Catholique de Louvain
  • Mme Agnès Martial, CNRS
  • Mme Corinne Rostaing, Université Lyon 2
 
Résumé
Comment l’incarcération affecte-t-elle le rôle paternel ? La prison produit des conditions spécifiques d’actualisation de ce rôle, définies par les conditions d’incarcération et d’autres éléments provenant du parcours biographique. Il s’agit d’appréhender la paternité non pas à travers une seule dimension (le lien père-enfant en prison), mais plusieurs (histoire familiale, conjugale, etc.).   Cette thèse fait dialoguer la sociologie de la famille, du genre et de la disqualification sociale, et propose une approche pluridimensionnelle de son objet, la paternité en prison. Nous distinguons et articulons trois dimensions : une analyse relationnelle de la paternité en contexte d’incarcération, saisie par les pratiques concrètes des pères détenus et de leur entourage ; une approche biographique replaçant le présent dans l’histoire familiale des pères rencontrés ; et enfin, une analyse « compréhensive » des normes, qui s’efforce de saisir comment ces hommes pensent et analysent leur rôle de père. Cette thèse repose sur des entretiens répétés avec soixante-dix détenus, rencontrés de deux à trois fois dans deux maisons d’arrêt et deux centres de détention. Cette méthodologie induit un retour réflexif des enquêtés sur eux-mêmes. Conjointement, des entretiens ont été réalisés avec différent∙es professionnel∙les travaillant en milieu carcéral, complétés par des observations ethnographiques en détention et lors de réunions des commissions d’aménagement des peines, dans le but de comprendre dans quelle mesure la paternité en prison était prise en compte par l’institution.   Cette thèse met en évidence deux résultats principaux. La paternité, tout d’abord, peine à acquérir une place prépondérante dans les récits, les pratiques et les espaces de la détention. Il n’existe pas d’attentes particulières de l’institution concernant les liens familiaux des hommes incarcérés. Les hommes détenus n’ont aucune visibilité sociale en tant que pères. Le second résultat est qu’il n’existe pas une paternité en prison, mais bien un éventail de situations paternelles. Nous avons forgé une typologie des paternités en prison qui se décline en quatre types : « marginale », « suspendue », « brisée » et « ressource ».
 
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2 décembre 2019 à l'EHESS 
 
Bochra Kammarti soutiendra
thèse de doctorat en  sociologie :
 
"Finance islamique en Europe. Interpénétrations des normes et des pratiques".
 
Jury
  • Mme Nilüfer Göle (Directrice de thèse), EHESS
  • Mme Sarah Ben Néfissa, IRD
  • Mme Dominique de Courcelles, CNRS
  • M. Baudouin Dupret, CNRS
  • Mme Alia Gana, CNRS
 
Résumé
Née dans des pays musulmans dans les années 1950 et 1960, l’industrie de la finance islamique devient un fait social européen à partir de la fin des années 1970. Principalement orientée vers les marchés financiers et la gestion de patrimoine de personnes fortunées, elle s’ouvre aux particuliers à partir des années 1990 et tout au long des années 2000 au Royaume-Uni, puis en France et en Allemagne pour offrir une offre de proximité aux musulmans et aux non musulmans.  La finance islamique se distingue de la finance conventionnelle par l’observation dans ses pratiques contractuelles de prescriptions issues de la sharîa (Coran et Sunna). Ces prescriptions sont définies par des obligations, le versement de la zakât, aumône légale, le partage des profits et des pertes, mais aussi par des interdictions telle que la pratique de l’intérêt, ribâ’, du gharar, l’aléa et du mayssir, la spéculation, ou encore celle de la thésaurisation qui contreviennent aux monopoles d’usages européens du capitalisme financier. La volonté d’instituer les pratiques de finance islamique à l’échelle nationale amène des acteurs musulmans et séculiers, des professionnels financiers, des juristes et jurisconsultes, des universitaires, des représentants des autorités publiques à coopérer pour traduire et créer une offre de finance islamique à l’échelle locale. Cette offre est relayée par de nouvelles figures de professionnels financiers – banquiers, courtiers, assureurs, consultants, jurisconsultes – à la fois islamique et européen qui instituent la finance islamique à travers leurs pratiques professionnelles quotidiennes.  Cette thèse observe la plasticité de la norme islamique et nationale, les arrangements et les compromis nécessaires aux dépassements des conflits de normes et de pratiques qui permettent de créer un répertoire européen de finance islamique inédit dans le monde. L’institution de ce répertoire tient compte des contraintes islamiques mais aussi légales et du marché : des contraintes de lieu et de temps.  La visibilité du stigmate islamique peut par exemple être ostentatoire ou discrète voire tue en raison de la charge symbolique à laquelle l’islam renvoie. Ces conflits montrent une double tendance qui peut paraître paradoxale : alors que le référentiel islamique pénètre et s’enracine dans ces lieux – qu’ils soient physiques ou symboliques –, il sert aussi à dessiner et délimiter les frontières morales, historiques, de valeurs ou juridiques de la communauté nationale.
 
 
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