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Archives de Philippe Urfalino

Séminaires 2014-2015

 

 

A. Sociologie et philosophie sociale des entités collectives

 

Le séminaire portait sur la nature des entités collectives, soit des entités telles que l’État, l’Église, telle association, telle entreprise. Les controverses pluriséculaires à leur propos opposent ceux qui estiment que l’existence propre de ces entités doit être reconnue et ceux qui estiment que les termes collectifs (l’assemblée, l’académie) ne sont que des commodités de langages. Ces derniers considèrent que seuls les individus sont réels, les entités collectives n’étant au mieux que des fictions utiles. Depuis la naissance des sciences sociales, ces controverses ont pris la forme d’un débat méthodologique opposant l’individualisme méthodologique et le holisme. Nous avons présenté les grandes lignes du débat et noté ses inflexions récentes, notamment la distinction entre individualisme méthodologique et individualisme ontologique.

Nous avons ensuite proposé une conception réaliste et holiste des entités collectives à partir du cas des corps délibérants en l’opposant à deux autres conceptions : la conception nominaliste de Raymond Boudon et la conception réaliste, mais individualiste de Christian List et Philip Pettit (Group Agency). Nous avons d’abord dégagé les critères d’identité des corps délibérants, non réductibles à la collection changeante des individus qui les composent. Leur identité est à chercher dans leur rapport à un environnement et dans leur mode de composition interne. La possibilité de ranger les corps délibérants dans l’espèce des organisations a été établie par la description de leurs activités en termes de tout et de parties. L’examen du livre de Herbert Simon, The Sciences of the Artificial, a permis d’une part de montrer que les corps délibérants et les organisations humaines pouvaient avoir le statut d’agent et, d’autre part, de revisiter la théorie des corps composés et de dégager les distinctions entre systèmes mécaniques, organismes et organisations. Nous avons ensuite cherché à spécifier le mode d’être de ces entités collectives. En utilisant certaines analyses de Simmel, Pufendorf et Descombes, il est apparu que le mode d’être des corps délibérants et des organisations pouvait être dit adverbial. Cela veut dire que l’existence d’un corps délibérant est subordonnée à une activité spécifique de ses membres et à la manière par laquelle ils se rapportent à ses fins instituées, et néanmoins changeantes.

Nous avons par ailleurs lu et discuté collectivement les textes suivants : « Les individus collectifs » de Vincent Descombes, « La nation » de Marcel Mauss, « Responsability Incorporated » de Philip Pettit, « The State as a person in international theory » de Alexander Wendt » et écouté la conférence «L'autonomie du politique. Le défi anarchiste » donnée par Andrès Rosler, professeur de philosophie politique à l’Université de Buenos Aires et directeur d’études invité à l’EHESS.

 

 

B. Les justifications de la règle de majorité

Le séminaire était consacré à l’examen et la discussion des principales justifications de l’usage de la règle de majorité du 17e siècle à nos jours. Malgré l’ancienneté et l’extension de son usage dans de nombreuses sociétés, l’examen des raisons pour lesquelles cette règle serait plus appropriée pour aboutir à des décisions s’imposant aux membres d’un groupe a été négligé par la philosophie et la science politiques. À fois régulièrement contestée et néanmoins toujours massivement présente dans nos procédures de décision, l’usage de cette règle de décision semble être justifié par défaut. Les questions qu’elle suscite (la règle de majorité est-elle censée assurer de meilleures décisions ? Pourquoi la minorité devrait-elle se soumettre à la majorité ?) font rarement l’objet d’une réponse tranchée. Nous avons montré que depuis le début du XXe siècle, quatre auteurs ont révolutionné l’évaluation de la règle de majorité : Hans Kelsen, Kenneth May, Douglas Rae et Bernard Manin ont donné une justification positive, et non plus par défaut, en disqualifiant la règle d’unanimité. En examinant l’intérêt et les limites de leurs argumentations nous avons proposé trois conditions pour que la soumission à la décision majoritaire puisse être justifiée : 1) Il faut que cette assemblée ne soit pas une simple collection d’individus, mais un corps délibérant, soit une entité collective. 2) Il faut ensuite que l’enjeu de la décision ne mette pas en cause l’attachement des sociétaires à cette entité collective ; 3) enfin, l’agrégation des préférences ne suffit pas à dégager une majorité légitime, encore faut-il que ces préférences soient issues d’une délibération et que, à ce titre, on puisse penser qu’elles auraient pu être autres. Si les préférences sont figées ou ne résultent pas d’une délibération relative aux fins du corps délibérant, la décision collective s’apparente à un partage équitable et la règle de majorité n’est plus pertinente. Ces conditions, restrictives, ne sont pas toujours remplies.

Nous avons par ailleurs discuté collectivement le texte d’Adrian Vermeule « the Force of Majority Rule », publié dans l’ouvrage de Stéphanie Novak et Jon Elster, Majority Decisions, et des extraits du livre d’Hans Kelsen, La démocratie. Sa nature, sa valeur. Puis nous avons discuté, en présence de leurs auteurs, trois articles du numéro 53 de la revue Raisons politiques consacré au justification de la règle de majorité, soit l’article de Christopher Hamel et Juliette Roussin sur les arguments de Locke et Waldron en faveur de cette règle de décision, de Luc Foisneau sur les raisons pour lesquelles, selon John Rawls, il reste licite sous certaines conditions de respecter des décisions injustes prises à la majorité, et enfin de Charles Girard sur l’articulation entre justification épistémique et justification éthique de cette règle de décision.

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