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Les enjeux politiques de l'intelligence artificielle : gouverner les algorithmes et gouverner par les algorithmes

Compte-rendu de l'École d'été (24-28 juin 2019)

Responsables : Luc Foisneau (CNRS-Cespra) et Marc-Antoine Dilhac (Université de Montréal)


Les enjeux liés à l'intelligence artificielle (IA) ainsi qu'à la gouvernance algorithmique sont éminemment interdisciplinaires. Dès lors, approcher toute la complexité de ces thématiques ne pouvait être envisagé qu'en croisant les apports des sciences humaines, sociales, littéraires, philosophiques et juridiques. Réunissant des représentant·es de tous ces ancrages disciplinaires, l'école d'été qui s’est tenue à la Maison Suger (Paris) pendant la dernière semaine de juin 2019 a permis à des doctorant·es des deux institutions partenaires (EHESS, UdM) d'aborder des thématiques aussi diverses et complexes que les enjeux éthiques liés à la sécurisation (Kathie Evans, Paris-Sorbonne ; Anaïs Delambre, Université de Montréal) ou à la propriété des données (Rose Landry, UdM), la relation aux robots humanoïdes (Virginie Simoneau Gilbert, UdM), les évolutions du champ professionnel (Lisa Placé, UdM ; Marianne Le Gagneur, EHESS). Ces nouvelles technologies ont également une incidence en matière de santé (Nathalie Voarino, UdM). Les questions relatives à la diffusion de l'IA ont pu être discutées, notamment dans le champ politique et démocratique (Antoine Gaboriau, EHESS), culturel et littéraire (Pierre-Antoine Marti, EHESS), ou en relation avec les grandes entreprises qui contrôlent ces technologies (Gabriel Monette, UdM). Une partie des discussions a porté sur le Règlement Général pour la Protection des Données en Europe et sur la Déclaration de Montréal pour une Intelligence Artificielle responsable au Canada.


Des conférences données par des chercheur·euses confirmé·es, issu·e·s notamment des sciences de l'informatique et du droit, ont permis d’aborder d’autres aspects éthiques, moraux, sociétaux de l'IA (Laurence Devillers, Paris-Sorbonne ; Saadi Lahlou, IEAP), ou encore des questionnements sur les relations des droits de l'Homme et de la technologie (Fanny Hidvegi, Access Now). Nous avons pu prendre la mesure de la complexité et de la richesse des problématiques liées aux algorithmes à travers un exposé sur la ville à l'ère des données (Valérie Peugeot, Cnil). Le statut moral des technologies et le renouvellement ontologique du couple notionnel réel/virtuel lié à la robotique ont été également au cœur des discussions (Hugues Bersini, Université Libre de Bruxelles). L'approche multidisciplinaire et la complémentarité des sujets d'étude abordés ont contribué à la réussite de ces échanges. Dans le cadre de rencontres organisées en fin de matinée, des acteurs du monde associatif et d'organisations non gouvernementales (Élodie Vialle, Reporter sans frontières), de think tanks (Nicolas Miailhe, The Future Society) ont participé quotidiennement aux échanges par des présentations attachées à décrire les implications de l'IA en matière d’information et les limites des réglementations actuelles. Des membres d'institutions européennes ou internationales ont présenté les rapports rédigés par ces instances, et nous ont permis de mieux comprendre l’influence de ces dernières dans le champ politique et dans le cadre législatif (Karine Perset, OCDE ; Yannick Meneceur, Conseil de l'Europe). Ces prises de parole ont contribué à exposer les enjeux pratiques liés à l’introduction de l’IA dans de nombreux secteurs de la vie sociale et économique.


La tenue, à l’hôtel de Lauzun, d'une table ronde intitulée « Réussir un développement équitable et inclusif de l'IA » a permis de compléter les réflexions de cette école d'été, qui aura été l’occasion de préciser des enjeux et d’indiquer des pistes d'analyse à approfondir en matière de gouvernance mondiale de l'IA.


Marianne Le Gagneur, doctorante (Iris, EHESS), participante à l'école d'été